Nouvelle composition familiale

Roger et Simone.

 

Leur histoire paraîtra prochainement.

Jocelyne et Pascal : Rapidité et couple implicite


Malgré la cinquantaine passée, Pascal garde une forme physique éblouissante. Il est vrai qu’il y prend peine avec ses nombreuses heures passées au club de gym. Ses pectoraux dépassent sous sa veste et lui donne un charme certain, malgré sa taille modeste et sa calvitie bien avancée ;  ses rares cheveux blonds et ses yeux bleus contribuent également à sa ressemblance avec un célèbre homme politique du nord. Ses affaires marchent moins bien. Il y a quelques années, comme il en avait assez de son boulot d’ingénieur, il a profité d’un licenciement pour s’adonner à ce qui le passionnait depuis longtemps : le marché de l’art. Mais après quelques succès, il s’est retrouvé au creux de la vague et, en ce moment ce n’est pas la fortune. Ce n’est pas très grave puisque, maintenant, ses enfants sont élevés et qu’il n’a que lui-même à nourrir. Depuis son divorce vingt ans auparavant, il n’a eu que des relations amoureuses passagères. Il s’est beaucoup consacré à l’éducation de ses enfants, et maintenant qu’ils ont quitté son foyer, il a envie de se retrouver une autre compagne. Il sait qu’il plait aux femmes mais il est très exigeant. Il a déjà éconduit plusieurs candidates. ?
Lorsque la conversation s’engage avec Jocelyne autour d’une œuvre  d’art, il sent que quelque chose passe entre eux. Elle accepte sans hésiter son offre d’aller boire un verre et la conversation s’engage vite avec cette agréable femme qui doit être un peu plus jeune que lui. Elle lui livre qu’elle est aussi divorcée, vivant avec sa plus jeune fille qui termine ses études et s’apprête à quitter le foyer maternel. Jocelyne est avocate dans un cabinet d’affaires. Elle gagne confortablement sa vie dans ce métier qui ne lui déplait pas mais ne la passionne pas non plus. Elle vit seule et, dit-elle, en femme libre. Mais elle n’aime pas la solitude et souhaiterait avoir un nouveau compagnon. Pascal tombe à pic dans sa vie.

La relation se noue donc très rapidement. Sans la moindre prudence malgré leur expérience de la vie, ils se jettent dans les bras l’un de l’autre. Les premières étreintes sexuelles sont fortes, ce qui accélère encore leur attirance l’un pour l’autre. Ils découvrent très vite tous les points qu’ils ont en commun ainsi que leurs complémentarités. Jocelyne est fascinée par la grande intelligence de Pascal, sa sensibilité d’artiste ainsi que son engagement dans la défense de l’art ; elle ne dédaigne pas non plus ses puissants pectoraux. Pascal aime chez elle ce mélange subtil d’une féminité marquée et de l’affirmation d’une femme moderne, bien intégrée dans la société, avec une profession assise. Il est sensible à ses formes arrondies et surtout à sa généreuse chevelure noir de jais qui tombe en volutes sur ses épaules. Elle a besoin de cette protection virile, même si elle est plus qu’autonome ; elle est enivrée par son énergie créatrice. Il peut compter doublement sur elle : matériellement elle est prête à le soutenir et, en même temps, elle est sa muse, celle qui lui donne envie de continuer son œuvre. Ils n’en doutent pas : ils sont faits l’un pour l’autre et leur rencontre est un cadeau du destin.

En quelques semaines il deviennent un couple – ils se considèrent comme tel - se présentent mutuellement à leurs amis réciproques et passent tous leurs week end ensemble. Ils se désignent l’un l’autre comme « ma compagne » et « mon compagnon ». Ils résident encore chacun chez soi la semaine mais auraient déjà fait domicile commun si les conditions matérielles le permettaient. Jocelyne n’habite pas la petite ville où ils se sont rencontrés, celle de la galerie de Pascal, et son travail l’empêche de déménager tout de suite de la métropole régionale. Heureusement, pourrait-t-on dire, car elle conserve un champ de liberté, pendant un temps qu’elle souhaite court. Elle en profite pour aller voir son vieil ami Fred, pour lui parler de la bonne nouvelle qui lui arrive.

Fred et Jocelyne ont été amants il y a bien longtemps. C’était une consolation pour Jocelyne après l’échec de son premier mariage. Puis cette relation s’est muée en amitié profonde. Mais Fred, qui aime bien les femmes et trouve son amie toujours charmante, ne craint pas de la flatter avec une pointe de taquinerie. Il l’appelle « ma chérie » et ne manque pas de lui rappeler les moments tendres qu’ils ont vécus. Ils s’appellent souvent pour se raconter leur vie, s’envoient des SMS en toute circonstance, même au milieu de la nuit. Lorsqu’elle a l’occasion d’aller à Paris, elle ne manque pas de le lui dire et ils en profitent pour déjeuner ensemble. Ils apprécient cette complicité affectueuse, mais ni lui ni elle ne songent à revenir à leur relation antérieure. Fred continue sa vie de célibataire peuplée de rencontres féminines et Jocelyne se tourne vers son nouvel amour sérieux. Lorsqu’elle lui en parle, il se réjouit pour elle et ajoute « j’espère qu’il n’est pas jaloux et acceptera notre amitié sans en prendre ombrage ». Puis il la prend dans ses bras et ils s’embrassent sur la bouche. Ils sentent l’un et l’autre que leurs corps sont prêts à une plus forte étreinte, mais ils n’y répondent pas. Jocelyne se considère en couple avec Pascal et Fred ne veut pas perturber son amie. Ils décident qu’à l’avenir, ils se contenteront de bises sur les joues.

Jocelyne ne doute pas de la tolérance de son nouveau conjoint, aussi est-ce sans gêne qu’elle lui parle, alors qu’ils sont en train de se promener, de son ami Fred, qui a beaucoup d’importance pour elle. Sans doute l’a-t-elle dit avec de l’affection dans la voix, accompagnée de ce beau sourire qui ravit Pascal. Toujours est-il que celui-ci réagit sèchement, changeant curieusement de visage. « Qui est ce type ? Comment l’as-tu connu ? » Déstabilisée par cette question brutale, Jocelyne bredouille une réponse approximative. « On se connaît depuis longtemps, on s’est rencontrés sur le plan professionnel. Il est expert et nous avons eu à travailler ensemble, puis nous avons sympathisé ».

Pascal se radoucit et l’invite à parler de cette amitié qui semble avoir tant d’importance pour sa compagne. Ils sont un couple et il est évident pour eux qu’ils se disent tout et n’ont rien à se cacher. Ils se doivent la vérité l’un à l’autre, toute la vérité, ils n’en doutent pas. Hélas, ils n’ont pas la même notion de la vérité. Ainsi le dialogue qui s’engage est-il, dès le début, faussé. Lui cherche une vérité crue, factuelle. Elle dira ce qu’elle estime devoir dire et n’exprimera pas ce qu’elle pense inutile, voire nuisible à leur relation. Mais elle est incapable de tenir cette position et d’affirmer qu’elle n’a pas envie de parler plus – pour le moment – de sa relation avec Fred. Elle est influençable et va se laisser entraîner sur un terrain qui n’est pas le sien.

Pascal continue son interview. Son charme, sa capacité d’écoute et la réaffirmation du principe « on se dit tout » encouragent Jocelyne à dévoiler la relation avec Fred, les sentiments qu’elle éprouve pour lui. Elle sent pourtant qu’elle devra mettre une limite, qu’il n’est pas encore temps de tout dire. Mais elle ne peut résister à l’insistance à la fois douce et incisive de Pascal. Elle détaille peu à peu l’intimité entre son ami et elle, en essayant pourtant de cacher certains aspects. Mais elle a en face d’elle un partenaire décidé et efficace dans son questionnement. Ce n’est plus seulement l’artiste sensible, mais aussi l’ingénieur, précis et réfléchi, qui mène ce qui devient un véritable interrogatoire. Il est très intelligent et il a vécu. Il sait, aux dires de ce que lui dit sa compagne, qu’il y a entre elle et Fred plus qu’une simple camaraderie. Aussi va-t-il habilement l’amener à dire ce qu’elle ne veut pas dire. Et comme elle cache mal, la suspicion ne fait qu’augmenter.
- Est-ce que vous avez couché ensemble ?
- (après un court temps d'hésitation et de gêne) Oui, il y a très longtemps.
- Combien de temps ?
- Je ne sais plus. Et puis quelle importance ? Tu sais, après mon divorce, j’étais paumée, j’avais besoin de réconfort. J’avais aussi besoin de vivre ma liberté. Mais ça n’est pas allé plus loin.
- Tu n’as pas répondu à ma question.
- Pour moi, ça n’a pas d’importance. Je te dis simplement que c’est fini depuis longtemps.
- Pourquoi ne veux-tu pas me dire la vérité ? Moi, je ne te cache rien. J’ai besoin d’avoir confiance en toi, et si tu me mens, je n’ai plus confiance. Il faut me dire la vérité. Quand tu sera décidée, appelle moi pour me dire la vérité.
Il s’éloigne d’elle et part sans se retourner. Elle est toute dépitée, mais peu de temps après, elle reçoit un SMS de Pascal : « je suis désolé, je t’ai brutalisée. Je ne voulais pas te faire du mal, mais la vérité, c’est très important pour moi. » Elle répond « ce n’est pas grave, je comprends, on en reparlera. A bientôt ».


Lorsqu’ils se revoient, ils n’abordent pas la question tout de suite, prennent le temps de se retrouver et de profiter de tout ce qu’ils ont en commun. Puis il revient à la charge :
- Tu sais, pour moi, la vérité c’est essentiel. Si tu me mens, je n’aurai plus confiance et je ne peux pas vivre avec quelqu’un en qui je n’ai plus confiance.
 - Moi aussi, j’ai besoin de vérité. Avec Fred, nous sommes restés amants trois mois, et puis je lui ai dit que je préférais rester simplement amis, il a accepté.
- Parce que lui, il aurait bien voulu continuer.
- Oui, sans doute, mais il n’en a jamais reparlé.
- Ca ne te gêne pas de rester ami avec un de tes ex.
Ce n’est pas un ex, comme tu dis, c’est un ami qui m’est cher. Pour moi, le fait que nous ayons été amants un temps n’a pas d’importance. D’ailleurs, j’aurais mieux fait de ne pas t’en parler.
- Ah bon ! Tu penses qu’il vaut mieux me cacher qu’il y a un de tes ex, que tu vois encore, et qui veut coucher avec toi ? Qu’est-ce que ça veut dire pour toi, la vérité, la sincérité ? (il est sec, tendu)
- Maintenant, je suis avec toi, c’est avec toi que je veux construire ma vie. Fred est tout simplement un ami, je te l’ai dit, ne reviens pas dessus.

Cette fois, c’est elle qui met fin à la conversation et qui s’éloigne, en colère. Il se rapproche, à nouveau calme. La réconciliation est rapide ; ce serait dommage de se brouiller pour si peu, alors qu’ils ont un bel avenir à vivre ensemble. Ils se retrouvent donc chez Pascal, pour vivre un moment tendre. Malheureusement, un signal retentit sur le téléphone portable de Jocelyne. Elle regarde machinalement puis remet l’appareil dans sa poche ; elle dissimule mal sa gêne.
- Tu peux répondre, si tu veux, dit Pascal d’un air détaché.
- C’est sans importance ; le boulot.

Puis elle reprend la conversation, mais son attitude n’est pas convaincante, surtout quand elle s’éclipse peu après pour aller aux toilettes. Elle a manifestement quelque chose à « cacher ». Lorsqu’elle revient, elle voit Pascal abattu, différent de l’homme sûr de lui qu’il est d’habitude ; il ne manifeste aucune colère.
- Pourquoi me mens-tu ? A quoi ça sert ? Tu sais bien que tu peux tout me dire. Je peux tout accepter mais je veux savoir la vérité. C’est une valeur fondamentale pour moi. Et moi, je n’ai rien à te cacher.
- Oui, dit Jocelyne, c’était Fred, il voulait simplement me demander quand je viens à Paris, pour que nous déjeunions ensemble.
- Parce que tu as l’intention de continuer à le voir.
- Oui, bien sûr, en amis.
- En amis, avec un type qui a encore envie de te sauter ?
- Mais moi, je n’ai pas envie. Et qu'est-ce qui te fait dire que je veux te cacher quelque chose ?
- C’est que tu es gênée quand il t’envoie un message. La semaine dernière, quand ta copine Martine t’a envoyé un message, nous étions ensemble et tu m’as dit simplement « c’est Martine ». Alors pourquoi cette fois, tu n’as pas dit « c’est Fred » ?
- Parce que j’avais peur que tu ne comprennes pas et que ça te fasse mal.
- Ce qui me fait mal, c’est que tu me mentes. Qui est ce type pour toi ? Si tu es claire, tu n’as pas de raison de me le cacher.
Il sort son téléphone de sa poche et le lui tend :
- Tu peux le consulter si tu veux. Je n’ai rien à te cacher, moi.

De guerre lasse, elle sort son appareil et le lui donne. Il l’allume tranquillement et lit le message de Fred, très banal, mais qui se termine par « bises ma chérie ». Pascal reste très calme en regardant Jocelyne dans les yeux :
- Ton prétendu vieux copain t’appelle sa chérie !
- Mais c’est une façon de plaisanter, tu ne peux pas comprendre.
- Oh, si, je comprends trop bien. C’est d’ailleurs pour cela que tu me mens, ou essaies de me mentir. La vérité est que ce n’est pas terminé avec lui. Tu le gardes en réserve. Et lui, il n’attend qu’une chose : que ça casse entre nous pour te récupérer. Il fera tout pour, c’est pour ça qu’il t’envoie ces messages. Vous échangez souvent des mots doux ?
- Ce n’est pas des mots doux. Oui, on s’envoie de temps en temps des messages.
- Vous vous êtes revus depuis qu’on se connaît ?
- … (elle est très gênée)
- Dis-moi la vérité !
- Oui, on a déjeuné ensemble. Il passait pour affaires près de chez moi.
- Déjeuné ou couché ?
- Déjeuné et discuté. Je te l’ai dit, nous n’avons plus eu de rapport depuis très longtemps. Pourquoi tu ne me crois pas ?
- Parce que tu me mens tout le temps. Comment veux-tu que j’ai confiance.
- Si ! Je te dis tout, mais j’ai aussi besoin d’un jardin secret.
- C’est ça, un jardin secret, pour y rencontrer ton autre amant, ou tes autres amants peut-être. Je suis un parmi d’autres. Pour moi, c’est impossible, j’ai besoin de sincérité, de pureté. Je ne nage pas en eaux troubles.

Elle se met à pleurer. Il la toise d’un regard froid, puis se dirige vers la porte et l’ouvre en grand.
- Il n’est pas possible de continuer comme ça. Je ne te retiens pas.

Elle part en séchant ses larmes, erre dans les rues avant de s’arrêter dans un café et de téléphoner à Fred. Il l’écoute, la réconforte et la conseille :
- Ne t’inquiète pas, il est un peu jaloux, mais ça va lui passer. Attends un moment et recontacte le.
- Et toi ? je veux dire toi et moi ?
- C’est toujours pareil. Je tiens à toi, je veux te garder comme amie, mais je veux surtout ton bonheur. Il semble bien que ce bonheur, c’est avec Pascal.
- Merci, je vois que je peux compter sur toi.
- A bientôt, « ma chérie ». Je t’embrasse.


Pascal est seul, ne veut voir personne, rumine ce qui vient de se passer, et souffre. Il est écartelé entre l’amour réel qu’il a pour Jocelyne et cette suspicion qu’il entretient vis-à-vis d’elle, ce besoin obsessionnel de limpidité, de transparence. S’il réfléchit un peu, il se rend compte qu’il n’y a rien de grave, que la relation qu’elle entretient avec Fred n’est pas dangereuse pour lui. Il essaye de se raisonner mais la pensée qu’elle puisse lui mentir, le tromper, lui est insupportable. Elle a, c’est sûr, des choses à cacher, elle n’est pas claire. Ce n’est pas possible de continuer avec elle. Mais il se sent seul et pense à ce corps féminin qui, il y a peu, se laissait aller dans ses bras, à ce sourire amoureux, à l’agréable compagnie qui le stimule dans ses projets. Aujourd’hui, il n’arrive pas à faire quoi que ce soit. Il ne se rend pas à un rendez-vous pourtant important pour sa galerie, traîne pour l'écriture d'un courrier nécessaire à l'organisation d'un évènement artistique.

Lorsqu’il entend la voix de Jocelyne au téléphone, il ressent un agréable apaisement. Il répond aussitôt, comprenant qu’il a trop envie de la revoir. Il suffit de quelques échanges pour que tout reprenne. Elle saute dans sa voiture et se précipite  chez lui, tombe dans ses bras, sous son charme, et les retrouvailles se terminent au lit. Le weekend suivant est merveilleux, du moins au début. Elle lui redit "tu es l'homme de ma fin de vie" . Il l'appelle " ma muse" et veut l'associer à la grande manifestation artistique qu'il prépare.
- Je viens pour cela en ville mercredi. Je dors chez toi ?
- Oh non ! C'est bête, je suis en formation.
- Tu ne dors pas chez toi ?
- C'est loin et sur deux jours.
- Où ?
- A Paris.

Tout d'un coup, l'atmosphère change, le charme est rompu, les vieux démons reviennent au galop. Pascal ressent comme un coup de poignard ce qu'il considère comme une nouvelle cachoterie. Jocelyne se mord les lèvres.
- Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ?
- Je ne sais pas, ce n'était pas important.
- Tu vas en profiter pour voir ton mec ?
- Non ce n'est pas sûr, je n'aurai pas forcément le temps.
- Si tu l'as, tu iras le voir ?
- Je ne sais pas. Ce n'est pas sûr.
- Comment ? Tu sais bien si tu as envie de le voir ou non ?
- Un peu, si je ne suis pas fatiguée. C'est lui qui insiste.
- Bien sûr ! Il te manipule. Il essaye de te récupérer. Ce type est nuisible pour toi. Il faut t'en débarrasser. Moi, je ne peux pas accepter ta double vie.

Il s’ensuit, à nouveau, un long et douloureux affrontement. Elle essaye de s’expliquer, mais se défend mal, et il trouve toujours la faille, la poussant dans ses retranchements. Il n’a qu’un seul but : obtenir qu’elle coupe tout lien avec Fred, et qu’elle le fasse sèchement. Aussi exige-t-il qu’elle écrive, sur le champ, un mel de rupture définitive. Ce qu’elle fait, la mort dans l’âme, et sachant bien, au fond d’elle, qu’elle se débrouillera pour reprendre contact avec Fred, et lui parler, en cachette et entre amis, sachant qu’il comprendra.

Malgré cette victoire apparente, Pascal reste méfiant.  Il continue ses questionnements permanents, suspectant toute attitude un peu floue de Jocelyne. Elle jure sa sincérité tout en trichant légèrement, ce qu’elle ne considère pas comme grave. Leur relation s’emballe dans un cercle infernal, qui engendre des scènes terribles et douloureuses, puis des retrouvailles car ils éprouvent effectivement l’un pour l’autre un amour véritable. Mais les scènes sont de plus en plus dures, et les retrouvailles de moins en moins réparatrices. Pascal souffre atrocement de cette impression de duplicité qu’il détecte sans arrêt chez sa compagne. Jocelyne perd toute spontanéité, écartelée en permanence entre le désir de ne pas gêner Pascal, et celui de garder un minimum de liberté, de ce qu’elle appelle son jardin secret.

Puis, un jour, une explosion plus violente les laisse tellement démolis qu’ils ne chercheront plus à se revoir. Pascal s’enfermera dans son splendide isolement, seul donc non contrarié, mais malheureux. Jocelyne tentera de panser sa blessure affective. C’est en écoutant le récit de Martine, son amie de longue date, qu’elle comprendra ce qui s’est passé et a rendu impossible une relation avec Pascal, pourtant fondée sur un amour et une attirance bien réels.

Essayons de comprendre l’histoire de Pascal et Jocelyne, lisant la suite. Celle de Martine et Rolland  en est, en quelque sorte, l’opposée.

Roland et Martine : L’engagement au bon moment

Dans ce club de vacances, on trouve des célibataires qui, sans être venus spécialement pour chercher fortune amoureuse, sont tout de même très ouverts à la possibilité de telles rencontres. C’est le cas de Roland et de Martine. Ils n’ont plus vingt ans, ont vécu des vies amoureuses et ont encore l’envie et le temps d’en vivre une autre. Mais ils sont prudents, on pourrait même dire méfiants, ne voulant pas retomber dans les pièges qui les avaient enfermés dans le passé.

Roland travaillait beaucoup, ce qui le rendait peu présent avec sa femme et ses trois enfants. Il rapportait beaucoup d’argent, et tout le monde vivait dans le confort. C’était sa façon à lui de jouer son rôle d’époux et de père. Et puis, un jour, sans qu’il ait vu venir le coup, elle lui a annoncé qu’elle mettait fin à leur mariage. Sonné par cette annonce, il n’a pas réagi, s’est laissé faire, et elle est partie avec les trois enfants, pour vivre sa nouvelle vie. Elle n’a pas oublié de solliciter une confortable pension alimentaire, à proportion des revenus de son ex-mari. Roland s’est donc retrouvé papa du dimanche, avant de devenir papa des vacances lorsque son ex-épouse a déménagé loin de son domicile. Mais il est resté papa payeur, vivant dans son trois pièces de location, alors que son salaire lui permettrait largement plus. Malgré tout, il a réussi à se refaire une vie, à sortir avec les amis, faire du sport et rencontrer des femmes. Il a vécu divers amours avec un principe non négociable  : ne pas se retrouver en ménage avec qui que ce soit. Oui aux amantes et amies, non aux prétendantes à la vie de couple. Et puis, les obligations paternelles et financières diminuant, les moments de solitude devenant parfois lourds, l’envie a commencé à germer de trouver une compagne sur le long terme.

Après un parcours radicalement différent, on peut dire opposé, Martine en est sensiblement au même point. Elle aussi avait une famille, un mari et deux enfants. Elle se dévouait pour tout ce petit monde, faisant la double journée classique des mères de famille modernes. Sans doute était-elle devenue plus mère qu’épouse et, sous le poids de toutes ses obligations, n’était-elle plus une amante aussi attrayante qu’au début. Toujours est-il que monsieur s’en est trouvé une plus jeune, aussi attrayante que rapace, et est parti avec  elle, sans scrupules et sans réclamer ses enfants. Contrairement à Roland, qui s’est laissé plumer sans combattre, il a bien su organiser son insolvabilité ; il a monté une entreprise dont sa nouvelle maitresse (au sens premier) était officiellement la patronne, lui n’étant qu’un employé au  smic. Martine a donc vu son niveau de vie chuter et son niveau d’occupation augmenter. Elle s’est attelée à la tâche et a pas mal ramé. Heureusement, aidée par sa famille, elle a réussi à bien s’en sortir et à conduire ses deux enfants à l’âge adulte. Elle a pu alors prendre du bon temps pour elle, sortir avec des copines et voyager. Mais il lui reste une peur de l’homme, de la trahison. Elle n’est pas prête à recommencer l’aventure. Pourtant elle est sensible à l’intérêt que peuvent porter des hommes sur elle, mais fuit dès qu’ils sont un peu pressants. Elle entretient une relation épisodique avec une homme marié, sans aucune envie, ni de l’un ni de l’autre,  de s’engager plus.

Avec Roland, ce n’est pas la même chose. Ils ont sympathisé dès la première discussion. Sympathisé, c’est tout, ils ne pensent pas à autre chose, ils sont en vacances et ont plaisir à deviser ou à pratiquer ensemble une des nombreuses activités du club. Ils parlent de sujets qui leur plaisent et constatent qu’il y en a beaucoup, sur le plan culturel, éducatif, politique. Ils ont des origines sociales proches, ont fait des études dans le même secteur scientifique technique, aiment tous les deux la nature, n’appartiennent à aucun parti, aucune église, aucun groupe organisé. Ils lisent beaucoup et aiment parler, échanger, discuter, sur de nombreux sujets. Ils ne s’en privent pas. Le rapprochement physique se fait sans qu’ils s’en rendent compte, sans qu’aucun des deux ne l’ait vraiment programmé. La première étreinte est bonne, agréable, sans plus. Elle leur donne envie de recommencer et de continuer leur relation doucement harmonieuse. Lorsque les vacances se terminent, ils expriment l’un et l’autre l’intention de se revoir, sans précipitation, sans même fixer de date, laissant à chacun la possibilité de prendre l’initiative.

Lequel des deux prend le premier le téléphone pour avoir des nouvelles et exprime le souhait de se revoir ? Peu importe. Ils se revoient, font l’amour, parce que cela leur plait à tous les deux. Ils se disent que c’est très bon, meilleur que les premières fois. Ils discutent encore et encore, ne se lassant pas de partager leur conversation, ouverte, détendue, instructive. Puis ils se quittent, avec l’évidence qu’ils se reverront bientôt. D’autres rencontres ont lieu, parfois simplement pour aller visiter un musée ou voir un film, parfois pour passer un moment ensemble, ou une nuit, ou un week end. Ils sont bien ensemble, et ont envie de continuer, mais ils n’éprouvent pas le besoin de définir leur relation, de l’encadrer, ni même de la nommer ; ils sont Martine et Roland. Ils se parlent peu de leur passé, de leur vie en dehors de leur relation, sauf de leurs enfants. Chacun connait déjà pas mal de choses sur les enfants de l’autre, mais ils n’ont pas parlé à ces derniers de ce qu’ils vivent ensemble. Officiellement, papa Roland et maman Martine sont encore célibataires.


Un jour où l’intimité devient plus intense, ils osent le dire, l’ayant pensé en même temps : pourquoi ne pas évoluer vers une relation plus engagée, voire carrément très engagée. Ils s’expriment l’un à l’autre leurs vrais désirs et leurs craintes légitimes. Ne risquent-ils pas de gâcher ce bonheur bien réel pour vouloir en vivre un autre, plus hypothétique ? La vie et leurs réflexions leur ont appris qu’amour et conjugalité ne riment pas forcément ensemble et que la deuxième peut étouffer le premier. Mais ils rêvent aussi de les rassembler : partager sa vie avec l’être aimé. Ils ne veulent pas manquer cette possibilité de construire ensemble une vie commune, conjugale, qui permettra l’épanouissement de leur amour sans risquer de l’étouffer. Ils décident d’allier enthousiasme et vigilance, l’enjeu en valant vraiment la peine.

Ils se donnent un rendez-vous, dans un bon restaurant où il est possible d’avoir une table intime. Il lui fait cadeau d’un bijoux et elle lui offre des livres, pour symboliser leur désir d’engagement l’un avec l’autre. Ils s’expriment leur envie de vivre ensemble, en se donnant six mois pour se préparer à ce qui sera le véritable engagement. D’ici là, chacun s'organise de manière à lever les éventuels obstacles empêchant la vie commune comme ils la souhaitent. Ils mettent aussi à profit ce temps pour exprimer leurs visions de cette vie et faire les éventuelles concessions qui seront nécessaires. Il leur faut donc parler d’eux-mêmes, de leur avenir, éventuellement de leur passé pour autant que ce soit nécessaire à l’avenir. Ils conviennent qu’il n’est pas obligatoire de tout se dire, chacun décidant de ce qu’il souhaite livrer à son futur conjoint. Roland exprime son besoin de solitude, Martine ses rencontres régulières avec un groupe de copines, sans hommes ; ils tombent d’accord pour ne pas consulter le téléphone ni l’ordinateur de l’autre. Ils pourront chacun passer du temps seuls avec leur propres enfants, et peut-être réuniront-ils un jour leurs deux descendances. D’autres points moins importants, comme la manière de tenir sa maison, d’organiser les dépenses sont abordées et mettent au jour des différences sensibles qui nécessitent négociation et mise au point.

Martine : « je voudrais te dire une chose, c’est très traditionnel, mais fondamental pour moi. Je n’ai pas envie de te partager. Moi, je n’aurai personne d’autre. Et toi, peux-tu me promettre qu’il n’y aura pas d’autres femmes?
Roland : « Oui, je m’y engage, même si c’est un renoncement difficile pour moi. Je n’étais pas prêt lorsque nous nous sommes rencontrés, maintenant je le suis. Nous serons donc fidèles dès que notre engagement sera total».

Très émus de cette bouleversante promesse, ils tombent dans les bras l’un de l’autre, s’embrassant à pleine bouche. Surtout, il ne se posent pas l’un à l’autre la question dérangeante : « Et en ce moment, y a-t-il quelqu’un? » . Leur engagement pour le futur est bien suffisant. Mieux vaut ne pas aborder un sujet qui pourrait troubler leur joie et nuire à leur projet.

Il y avait effectivement plusieurs femmes dans la vie de Roland ; des amitiés érotiques, sans plus. Elle lui apparaissent tout à coup sans saveur et il décide d’y mettre fin, sans expliquer pourquoi. Il était de toute façon convenu avec ces quelques compagnes qu’il n’y avait aucun engagement dans la durée. Les adieux sont émouvants avec l’une d’entre elle qui, malgré les mises au point, avait espéré qu’un jour il entrerait vraiment dans sa vie. Ils ont un dernier moment sexuel, par affection plus que par désir, et se souhaitent bonne route pour la suite, en n’excluant pas de se revoir dans quelques temps. Pour Martine, c’est plus difficile, car son amant épisodique est très désemparé par l’annonce de la fin de leurs rares rencontres. Il lui avoue que, s’il n’avait jamais envisagé de quitter son épouse pour mille raisons, il n’a plus avec elle de relations sexuelles. C’est donc la privation totale qui l’attend. Il tente de demander à Martine un sursis de quelques mois, mais elle reste ferme. Pourtant, au moment de se dire adieu, une étrange sensation l’envahit, un fort désir sexuel comme elle n’en avait jamais vraiment eu à son égard. Est-ce pour profiter une dernière fois de la liberté à laquelle elle a décidé de renoncer? Une sorte d’enterrement de vie de jeune fille? Elle ne peut résister à cette pulsion et ils font l’amour avec une force qu’ils n’avaient jamais connue. Elle goûte sans retenue ce plaisir de se sentir pleinement femme, puis lui dit rapidement adieu et part sans se retourner.

Au terme des six mois prévus, tout s’étant bien passé, Roland et Martine organisent une grande fête pour pendre la crémaillère dans leur logement commun. Ils ont déjà annoncé à leurs enfants et certains de leurs amis intimes qu’ils vont se mettre en couple. C’est le jour de cette fête que, solennellement, ils expriment devant tous ces témoins qu’ils se considèrent à partir de maintenant comme un couple et souhaitent qu’on les traite comme tel. Ce moment est pour eux le véritable début de leur engagement commun à vivre ensemble, comme deux conjoints, et d’être fidèles l’un à l’autre. Ce qui s’était passé avant n’a pas d’importance. Peut-être un jour auront-ils envie de s’en ouvrir l’un à l’autre ; peut-être que non. L’avenir le dira.

En écoutant Martine raconter son histoire, sa grande amie Jocelyne, qui faisait partie, bien sûr, de la fête, est prise d’un double sentiment : la joie de voir son amie heureuse et la compréhension des raisons pour laquelle ce bonheur lui a échappé, alors qu’il était à portée de sa main. Pascal et elle n’ont pas eu la même fortune,… ou la même sagesse.

Anita et Samuel : l'économie du couple.

Anita et Samuel sont perplexes. Cela fait un moment qu’ils sont en couple. Ils ont deux petits enfants et vivent dans appartement urbain modeste qu’ils louent. Ils s’entendent bien mais ils manquent d’argent. Cela ne les a pas gêné jusqu’à présent. D’origine modeste tous les deux, ils ont appris à se contenter de ce qu’ils ont. Elle est fonctionnaire territoriale, lui commercial et leurs revenus cumulés leur suffisent à vivre, sans plus. Or ils aimeraient augmenter leur niveau de standing, acheter un appartement et surtout voyager, pendant que leurs enfants sont encore petits. Or ce n’est pas possible et risque de ne jamais l’être s’ils gardent la même situation professionnelle. Ils réfléchissent depuis longtemps, ensemble, aux moyens d’améliorer leurs finances et sont arrivés à la conclusion suivante : Anita n’a pas beaucoup de marge de manœuvre ; son métier administratif lui convient et elle n’envisage pas de faire autre chose, mais elle sait qu’elle ne peut progresser que peu et ne gagnera de toute façon pas des fortunes. Pour Samuel, il y a plus de possibilités. C’est un bon commercial mais il n’a que peu de diplômes. Il lui faut donc être aventureux et aller dans des voies originales, donc prendre des risques. Ils décident, ensemble, que c’est lui qui va chercher et elle avisera en fonction de ce qu’il trouvera. Il se met donc en recherche, et trouve. Un de ses amis a monté un business qui marche bien, en France, mais loin de leur lieu de résidence. Il a besoin d’un commercial pour le développer. Samuel a le profil qu’il souhaite. Le fait qu’ils se connaissent est un avantage. Le travail est intéressant et l’avenir prometteur, surtout en termes financiers. Anita pourra demander sa mutation, ce qu’elle n’obtiendra pas forcément tout de suite, mais un congé parental peut lui permettre d’attendre. Il faut prendre une décision rapide, pour être dans quelques mois sur place.

Voici donc notre couple, en tête à tête, le soir après le coucher des enfants, examinant les tenants et aboutissants de la proposition pour annoncer leur décision. Oui, ce sera leur décision, car ils sont d’accord sur un fait : il faudra qu’elle convienne aux deux, car elle a pour but d’améliorer leur situation matérielle, non de déstabiliser leur couple. Ils se le redisent avec insistance : ils sont heureux ensemble et veulent le rester. Or le changement va être un facteur de déstabilisation. Samuel sera très occupé au début : il lui faudra faire ses preuves auprès de son ami ; une partie de son revenu sera en commissions et il lui faudra donc être efficace. En contrepartie il pourra gagner plus, voire beaucoup plus d’argent. Anita, de son côté, risque d’être sans travail et, de toute façon, moins occupée car elle demandera un poste à temps partiel si nécessaire. Elle sera présente pour les enfants, et pour son mari. Ils font les calculs et selon tout vraisemblance, ils auront rapidement plus d’argent, et encore plus à moyen terme. Ils rêvent ensemble à ce qu’ils pourront s’offrir, à la maison qu’il pourront acheter, d’autant que l’immobilier est moins cher dans leur futur région.

Il n’y a pas à hésiter, il faut le faire. Mais Anita et Samuel, amoureux l’un de l’autre, sont aussi avisés. Ils savent que l’amour ne fait pas tout et que la déstabilisation du rapport économique entre eux présente des risques. L’un comme l’autre sont très attachés à l’égalité des sexes et n’ont jamais envisagé de vivre comme leurs grands parents et parents : papa travaille, rapporte de l’argent et maman s’occupe du ménage et des enfants. Après avoir rêvé du futur, et pris leur décision, ils remettent les pieds sur terre et s’avouent les questions qu’ils se posent : qu’est-ce qui pourrait ne pas marcher ? ils éliminent vite les risques strictement professionnels : Si ça ne marche pas pour Samuel, il trouvera sans peine un autre travail et Anita, en congé parental, pourra retrouver son poste. Non, les risques à envisager, c’est entre eux. En gagnant plus d’argent et en travaillant plus à l’extérieur, Samuel ne va-t-il pas se retrouver dans une position patriarcale et exercer sa domination sur Anita, comme l’ont toujours fait les hommes sur les femmes. En travaillant à temps partiel ou pas du tout, Anita ne va-t-elle pas sacrifier sa vie de femme, être absorbée par sa maternité, soumise à son conjoint. Sereinement, conscients que l’amour ne suffit pas à la vie de couple, nos deux conjoints réfléchissent aux moyens de se protéger contre de telles dérives. Ils décident d’abord d’avoir un compte commun qui servira à la gestion du ménage, où chacun mettra la plus grande partie de son revenu, ne gardant sur un compte personnel qu’un peu d’argent de poche. Si Anita n’a pas de revenus propres, cet argent de poches lui sera versé à partir du compte commun. C’est le vieux principe marxiste  - « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. » (L'Idéologie allemande (1845-1846)) -  mais leur mode de vie ressemblera plus au modèle pensé par Talcott Parsons au milieu du 20ème siècle. Ils décident également de se donner régulièrement des rendez-vous pour faire le point sur la manière de vivre la situation, et les difficultés qui pourront se présenter. Ils sont conscients que ce ne sera pas toujours facile et qu’il leur faudra être à la fois vigilants et créatifs. Ils ont été formés, moulés, sur un certain modèle, celui de l’égalité stricte et de l’indépendance des conjoints, modèle que leur rappelle sans cesse leurs amis, et tout ce qu’ils voient ou entendent (les méso-systèmes et macro-système dirions-nous dans le langage écosystémique) . Il leur faudra donc lutter contre cette pression normalisatrice qui ne va pas dans le sens de leur choix.

Reste une question délicate qu’il faut bien envisager : et s’ils devaient se séparer un jour ? Ce n’est pas d’actualité mais la prudence exige d’y penser. N’y a-t-il pas risque, dans ce cas, de paupérisation excessive d’Anita, et aussi risque pour Samuel d’être séparé de ses enfants et de devenir un papa payeur ? Comment mettre en place des précautions pour le cas où ? La première chose qu’ils vont faire, c’est de se marier. Jusqu’alors il n’avaient considéré le mariage que comme une survivance du passé, une cérémonie inutile pour un couple qui s’aime. Maintenant, ils en voient l’utilité en tant que garantie sociale du couple et de la famille. Ils vont organiser une fête dans laquelle ils déclareront, non seulement leur engagement vis-à-vis de la société, mais aussi leur nouveau choix de vie et affirmeront à leurs amis qu’il s’agit d’un choix commun qui profitera aux deux ainsi qu’à leurs enfants. Ils décident aussi de se renseigner sur les diverses possibilités d’assurance qu’ils vont pouvoir contracter afin d’atténuer les conséquences que pourrait avoir une séparation entre eux.

Quel avenir pour ce couple ? On peut faire un pronostic très favorable, car il possède les meilleurs éléments de réussite : un amour sincère et non idéalisé, un projet commun qui leur tient à cœur, une grande lucidité quand à la complexité de la vie conjugale, une capacité de résister à la pression normalisatrice, sans pour autant la rejeter.