Bruno Décoret

Photo AuteurQu’est-ce qui m’a amené à écrire un livre sur le couple ?

En tout premier lieu, ma vie personnelle. Je suis né dans une famille française traditionnelle de la classe moyenne. Mes parents étaient catholiques ouverts et m’ont élevé selon cette morale. Ils sont restés mariés presque 60 ans, jusqu’à leur mort, à cinq semaines l'un de l'autre. Ils se disputaient, mais ils n’auraient pas divorcé. Ils ont vécu ensemble une heureuse vieillesse. Pour l’enfant et l’adolescent que j’étais, il y avait une évidence : un jour je me marierai et aurai des enfants ; mon épouse serait la seule femme de ma vie. Ce n'est pas ce qui s'est passé.

Je me suis marié jeune, juste avant mon 22ème anniversaire, avec une femme plus jeune que moi de trois mois seulement. Nous n'avons vécu ensemble qu'après le mariage. Notre vie de couple a tout de suite été heureuse : des voyages, un temps de vie à l’étranger, l’installation dans notre maison, le partage de loisirs et de la vie quotidienne. Nous avons « fait » deux enfants, une fille et un garçon, et avons adopté une autre garçon, à peine plus jeune que le premier, venant de cette Afrique où nous avions vécu deux ans. C’était le temps des trente glorieuses. J’étais chercheur mathématicien à l’université Claude Bernard de Lyon et mon épouse professeur de mathématiques dans un collège de la banlieue lyonnaise. Nous avions chacun un bon revenu, si bien qu’à l’âge de 27 ans, nous étions pour ainsi dire sur des rails qui nous conduiraient jusqu’à la retraite et la mort. Pour diverses raisons que je n’évoquerai pas ici, j’ai pris conscience que ceci ne me convenait pas et l’ai fait savoir à mon épouse, de diverses manières. Elle ne m’a pas suivi, préférant ce mode de vie sûr et peu évolutif. Après plusieurs années d’attente et de tentatives de trouver un avenir commun, il est apparu évident qu’il n’y en avait pas et que la séparation était inéluctable. J’ai proposé un divorce qu’elle a accepté et notre séparation était partie pour être courtoise. Hélas, les choses ont rapidement mal tourné ; j’ai raconté l’aventure dans la première partie d’un livre, Les pères dépossédés, paru en 1988. Ces terribles difficultés et le douloureux vécu de père qui s’ensuivirent m’amenèrent, après le livre, à changer carrément d’orientation professionnelle, pour me consacrer à la psychologie, en tant que chercheur, et que praticien. Mais la pratique intensive des mathématiques m'a profondément marqué. C'est une fantastique expérience que je suis content d'avoir vécue. Je me considère toujours comme mathématicien, au sens de l'esprit et non de la profession. Cela se voit dans ma façon de travailler et surtout d'écrire.
 
Après mon divorce, il est devenu évident pour moi que je ne voulais pas revivre une « vie de couple », du moins pas dans l’immédiat. Si j’avais beaucoup de bons souvenirs du temps passé avec mon ancienne épouse, je gardais tout de même l’impression que le mariage est un piège dans lequel il faut éviter de tomber. J’ai donc décidé de ne  pas me retrouver dans une telle situation. Pourtant une forme de vie de couple s’est mise en place avec une compagne appréciée, sans pour autant que je me considère comme « en couple ». Nous vivions dans le même logement avec son fils et ma fille, rejoints au bout de quelques temps par un de mes fils, l'autre venant très souvent, tout en résidant principalement chez sa mère ; tout le monde s'entendait bien mais nous ne formions pas à cette époque une famille. J'avais ma vie d'homme dans laquelle il y avait des femmes. Les années ont passé, les liens avec ma compagne se sont renforcés, nos enfants (elle un, moi trois) ont grandi, ont noué avec nous et entre eux des relations fortes et de très bonne qualité. Ils ont eu des enfants qui nous considèrent comme leurs grands-parents, au point que nous ressemblons à une famille classique ; nous parlons de nos dix petits-enfants. Il nous est venu le désir d’être un couple, au sens social du terme. Nous nous sommes mariés devant la République en 2001. Cet acte a eu un impact important sur notre environnement proche et, aussi, sur notre relation. Claude et moi formons maintenant un couple, et cela nous convient à tous les deux. Nous partageons de nombreuses activités, notamment en parcourant les montagnes du monde entier. Notre vie de couple a constitué une forte motivation pour écrire ce site, qui est notre dernière - en date - réalisation commune.

A partir de 1978, j'ai donc recommencé un cycle d'études en sciences humaines, en sexologie d'abord, puis en psychologie, qui m'ont amené au doctorat dans cette discipline. En 1987 j’ai ouvert mon cabinet de sexologie et psychothérapie. Parallèlement, j’ai mené des recherches, comme chercheur associé à l’université de Paris X Nanterre, sur des questions familiales, en particulier de paternité. Je souhaitais continuer dans cette voie et ai passé le diplôme d'habilitation à diriger des recherches (HDR), qui permet de postuler comme professeur des universités. Mais j'ai compris que mon approche de la famille et en particulier de la paternité n'était pas conforme à la pensée dominante en sciences humaines. Avec regret, j'ai décidé d'abandonner la recherche officielle et de me consacrer entièrement à la thérapie. Peu après, j'ai pris ma retraite universitaire, et ai continué le travail libéral.

Très vite j’ai eu des demandes de thérapies liées à la vie amoureuse, la sexualité et le couple. Je me suis donc intéressé de près à la question. J’ai trouvé pas mal de choses sur le couple et les thérapies associées. Ce fut source d’inspiration et de méthodes. Mais je n’étais pas satisfait par les idées théoriques. Il fallait donc que je m’attèle à la rédaction de ma propre approche du couple. C’est ce qui a conduit au présent ouvrage. Il est le résultat d'expérience vécue ou écoutée, de la pratique de la thérapie de couple, de l'étude de ce qui s'écrit sur le sujet, et de réflexions personnelles. Parallèlement je continue l'exercice de la psychothérapie et de la sexothérapie. Je me définis comme praticien-chercheur. On trouvera plus de détails sur cette pratique, ainsi que mon cursus sur le site psy-decoret.fr

Il y a pour moi une continuité entre ce que je vis ou ai vécu, ce que j’ai entendu et constaté chez d’autres couples et les recherches théoriques que j’ai conduites sur le sujet. Ma propre expérience a donc contribué à l’élaboration de ce document, mais, bien entendu, je n’y ferai aucune référence directe ; ce n'est pas par gêne car je suis dans l'ensemble content de ce que j'ai vécu et vis encore. C’est une question de pudeur. Dans notre civilisation, on parle peu de sa vie amoureuse et pas du tout de sa sexualité.