5°) Y a-t-il des des raisons liées à la personne.

L’état de célibataire en recherche de couple peut avoir aussi des raisons liées à la personne, qui semblent rendre impossible la satisfaction de son aspiration. Dans ce cas, les tentatives échouent - ou ne commencent pas - et la personne peut se dire qu’elle n’est pas faite pour la vie de couple. Or si c’est son désir, cela causera une grande souffrance. La recherche de telles causes peut nécessiter de l’aide, en particulier celle d’un « psy ».

5-1) L’expérience de l’enfance.

On y pense tout de suite. Pour certaines approches « psy » c’est même la voie royale : les difficultés de l’adulte viennent de l’enfance et en particulier de l’éducation. Une telle posture me semble excessive ; mais il est vrai que notre enfance, notre éducation, les modèles que nous avons eus, nous influencent beaucoup, en particulier en matière de couple. Il est vrai aussi qu’on peut prendre de la distance avec ces influences et qu’il est bon de les connaître. Le couple de nos parents nous a beaucoup influencé, ainsi que les autres couples, et la façon dont nous a été présentée la vie de couple. Ces influences peuvent agir dans des sens différents, qui peut être la reproduction ou au contraire le rejet absolu.

Aline est une jeune femme charmante et brillante. Elle raconte son enfance merveilleuse de fille unique entre une mère disponible et attentive et un père admiré de tous. Ses parents montrent toujours un amour indéfectible entre eux et pour elle. Ses relations personnelles échouent car elle compare malgré elle les hommes qu’elle rencontre avec son père, et cherche à vivre la relation idéale (ou plutôt idéalisée) de ses parents.

Alain a vécu son enfance sous l’influence de sa mère forte et autoritaire. Il méprise son père falot, qui a subi son épouse jusqu’à ce qu’elle le mette dehors. Ce père est un anti-modèle et il s’efforce de ne pas lui ressembler. Il est entreprenant avec les femmes et ne s’en laisse pas compter, au point d’être parfois « macho ». Mais comme il est attiré par les femmes à forte personnalité comme sa mère, il n’arrive pas à vivre une expérience durable.

On peut citer d’autres histoires du même type ou l’influence - positive ou négative - des parents plombe les enfants. Comment en sortir? En regardant avec recul et lucidité ces influences, en laissant de côté les sentiments tels que l’idéalisation ou la rancœur. C’est la démarche d’autonomisation.  Elle repose sur le principe « eux, c’était eux, moi, c’est moi ». L’autonomisation n’est absolument pas le rejet, mais l’affirmation que notre vie n’est pas faite que de l’influence des autres. Il est possible de passer en revue les différentes composantes de l’influence parentale et de trier ce qu’on garde et ce qu’on ne garde pas. Mais il faut bien distinguer cela des personnes elles-mêmes. Il est tout à fait possible de rejeter sans complaisance une partie de l’influence parentale et de garder d’excellents rapports avec ses parents. Dans l’autre sens on peut avoir peu, voire pas du tout, de rapports avec ses parents et accepter qu’ils vous aient influencé sur certains points que l’on conserve.

5-2) Les représentations du couple et les stéréotypes.

Les représentations que nous avons du monde sont fondamentales dans notre vie psychique. Nous allons chercher notre bonheur en fonction de ces représentations. Elles sont nécessaires et parfois encombrantes. Dans l’approche éco-systémique et la théorie du couple, nous les étudions et les classifions en plusieurs catégories. Disons simplement ici qu’il est important d’en faire le tri, comme pour les influences des modèles parentaux. Certaines représentations sociales dominantes peuvent amener à rechercher ce qui est difficile voire impossible. C’est le cas de certains stéréotypes comme l’idée que toute relation doit commencer par un coup de foudre. Les médias, les conversations entre amis, les revues et même les « spécialistes » véhiculent des stéréotypes sur le couple et l’amour qui prétendent être universels. Pour se convaincre de la vanité de telles ambitions, il suffit de regarder l’Histoire ou les autres cultures que la nôtre : les variations sont immenses d’une époque à l’autre ou d’un endroit à l’autre (ou d’un milieu social à l’autre - voir à ce sujet « le couple à travers les disciplines »)  

S’interroger sur ces représentations est nécessaire, surtout pour celle ou celui qui cherche à constituer un couple et qui a peur de ne pas trouver. En effet les personnes dans ce cas ont de fortes chances de ne pas être « standard » et donc de ne pas répondre aux stéréotypes dominants. Cela ne veut pas dire qu’elles ne trouveront pas, mais qu’elles n’ont pas intérêt à chercher dans le « prêt à porter » . Au contraire, personnes plutôt rares, elles trouveront aussi des individus rares en les cherchant en dehors des sentiers battus.

5-3) Les attentes excessives ou mal ciblées

Ce qui précède amène certaines personnes à courir après le Graal du bonheur conjugal, de manière complètement irréaliste. Elles affirment parfois comme une fierté de ne pas vouloir se contenter de peu et rechercher exclusivement l’amour avec un grand A. C’est une erreur, car les amours les meilleurs ne sont pas les plus spectaculaires. Nombreux sont les couples qui ont commencé très modestement et pour des raisons pas très romantiques, et qui ont duré en se renforçant avec le temps.

Je pense à ce couple constitué il y a bien longtemps. Il était jeune artisan d’un milieu modeste et avait absolument besoin d’une compagne. Elle avait besoin de fuir sa famille toxique et était prête à partir avec n’importe qui. Ils se sont unis pour résoudre ensemble leurs deux problématiques. Ils ont travaillé dur pour construire ensemble un bonheur simple. Le jour de leurs cinquante ans de mariage, ils étaient touchants tous les deux, entourés de leurs quatre enfants, leurs nombreux petits enfants et déjà des arrière-petits enfants. Il se tenaient par la main et échangeaient des regards pleins de tendresse et d’amour. Ils n’avaient pas vécu de coup de foudre mais un long et lent attachement qui les rendait profondément heureux.

François Régis est tout le contraire. Il s’est marié très jeune avec une camarade de classe. Perturbé par le divorce de ses parents, il se jurait de rester fidèle et de n’avoir qu’une femme dans sa vie. Malheureusement, celle à qui il consacrait sa vie n’était pas très satisfaite et rencontra un autre homme. Blessé par cette trahison, François Régis a voulu divorcer très rapidement, malgré la présence de ses trois enfants. Il cherche depuis une autre compagne. Très bel homme, exerçant une profession brillante et lucrative, il peut penser trouver rapidement. Hélas, il cherche à reconstituer ce qu’il avait imaginé. Attiré par les très belles femmes, minimum bac + 5, il restreint son champ de recherche et trouve des personnes ayant comme lui une situation compliquée. Si tout ne colle pas dès le début pour revivre une vie de couple comme la précédente, il ne poursuit pas. Il va ainsi de conquête en déception, pris dans le piège de sa recherche d’idéal.

Yannick, dont nous racontons l'histoire, est dans un cas semblable.