Le modèle éco-systémique
un cadre pour la compréhension du couple

 

Origine et définition

Il existe beaucoup de modèles en psychologie. Le modèle écosystémique que je vais présenter est peu utilisé en France en psychologie ; il me semble pourtant le meilleur pour étudier le couple, entre autres. Il  est utilisé dans diverses disciplines ; je l'ai trouvé en particulier chez les auteurs travaillant sur les enfants ayant des difficultés familiales.


Dans ce modèle, on considère l'être humain comme un individu agissant, en constante interaction avec les systèmes dans lesquels il est immergé, ou a été immergé au cours de son histoire.


Il s'agit dans tous les cas de systèmes ouverts, c'est à dire eux-mêmes en interaction entre eux dans les divers niveaux.

L'expression écosystémique peut s'entendre de deux manières, selon la césure du mot

- Eco-systémique, venant de systémique et de « éco » c’est-à-dire étude d’un système, par exemple couple ou famille, mais rapporté à son environnement, autrement dit d'un système ouvert et non fermé. En prenant ce sens, on retrouve toute la puissance de la psychologie systémique.
- Ecosystém-ique, adjectif lié à écosystème, défini comme l’ensemble des éléments physiques, chimiques, et biologiques vivant en un même lieu. En ce sens on va utiliser tous les apports de l'écologie (au sens scientifique et non politique).

Dans la suite, nous utiliserons plutôt l'orthographe éco-systémique, ou plus simplement écosystémique. Avant de décrire les caractéristiques propres au modèle écosystémique, il est essentiel d’exposer les apports de ces deux disciplines, la systémique et l’écologie. Pour le lecteur connaissant déjà l'approche systémique en psychologie, il est possible d'aller directement aux paragraphes "écologie" ou "écosystémique".

Les apports de la systémique

La psychologie systémique a commencé aux Etats Unis dans la moitié du 20° siècle à partir de diverses personnalités qui se sont influencées les unes les autres, formant ce que l’on a appelé « le collège invisible» car ils ne résidaient pas au même endroit et n’ont jamais formé une école ou une université explicite. Nous ne conterons pas ici l'histoire de cette grande aventure qui a eu un immense impact sur la psychologie. On y retrouvera les noms de Grégory Bateson ,   Paul Watzlawick Don Jackson, et autres médecins, psychologues ou chercheurs, ainsi que celui de l’illustre et sympathique psychiatre de Phoenix, Milton Erickson, redécouvreur de l’hypnose et maître à penser de nombreux « psy » dont l’humble auteur de ces lignes. La ville de Palo Alto, proche de San Francisco, où Don Jackson exerçait comme psychiatre, est souvent citée comme le centre de ce courant de pensée. Une bibliographie est donnée en fin de chapitre.

Nous nous bornerons à citer les éléments les plus importants, ou plus exactement ceux dont nous nous servons dans le modèle éco-systémique, pour développer la théorie du couple, et la thérapie éco-systémique stratégique de couple.
La psychologie systémique s’est appuyée sur les sciences exactes, en particulier sur trois d’entre elles qui se sont développées dans la deuxième moitié du XXème siècle :

  • La cybernétique, crée pendant la deuxième guerre mondiale par le mathématicien américain Norbert Wiener, et que l’on peut définir comme la science des mécanismes de rétroaction (feedback en anglais) . Elle s’intéresse particulièrement aux phénomènes à causalité circulaire, dans lesquels cause et effet interagissent constamment.

  • La théorie mathématique de la communication, inventée par l’ingénieur (et ingénieux !) Claude Shannon, fort utile dans tout ce qui concerne la télécommunication et le codage de l’information.

  • La théorie générale des systèmes du biologiste Ludwig von Bertallanfy, appliquant à la biologie des données mathématiques, et première grande théorisation sur les systèmes.

Cette filiation est importante - elle est essentiellement d'origine américaine -  car elle montre le désir des pionniers de la systémique d’avoir une démarche scientifique, discipline à laquelle nous essayons de nous astreindre dans cet ouvrage. Attention pourtant ! Le fait d’utiliser des concepts de science exacte ne permet pas pour autant d’affirmer que la démarche est elle-même  une science exacte, s’appuyant sur la rigueur déductive. Les concepts empruntés aux théories précédentes le sont souvent sur le mode analogique, et non déductif. On reste dans le domaine de la science humaine avec ce qu’elle a de nécessaire imprécision, de raisonnements par analogie, métaphore et étayage, plus que par déduction. Chercher une précision mathématique dans l’étude de la psychologie, et en particulier du couple, conduirait évidemment à ne rien faire.