Le modèle éco-systémique
un cadre pour la compréhension du couple

 

Origine et définition

Il existe beaucoup de modèles en psychologie. Le modèle écosystémique que je vais présenter est peu utilisé en France en psychologie ; il me semble pourtant le meilleur pour étudier le couple, entre autres. Il  est utilisé dans diverses disciplines ; je l'ai trouvé en particulier chez les auteurs travaillant sur les enfants ayant des difficultés familiales.


Dans ce modèle, on considère l'être humain comme un individu agissant, en constante interaction avec les systèmes dans lesquels il est immergé, ou a été immergé au cours de son histoire.


Il s'agit dans tous les cas de systèmes ouverts, c'est à dire eux-mêmes en interaction entre eux dans les divers niveaux.

L'expression écosystémique peut s'entendre de deux manières, selon la césure du mot

- Eco-systémique, venant de systémique et de « éco » c’est-à-dire étude d’un système, par exemple couple ou famille, mais rapporté à son environnement, autrement dit d'un système ouvert et non fermé. En prenant ce sens, on retrouve toute la puissance de la psychologie systémique.
- Ecosystém-ique, adjectif lié à écosystème, défini comme l’ensemble des éléments physiques, chimiques, et biologiques vivant en un même lieu. En ce sens on va utiliser tous les apports de l'écologie (au sens scientifique et non politique).

Dans la suite, nous utiliserons plutôt l'orthographe éco-systémique, ou plus simplement écosystémique. Avant de décrire les caractéristiques propres au modèle écosystémique, il est essentiel d’exposer les apports de ces deux disciplines, la systémique et l’écologie. Pour le lecteur connaissant déjà l'approche systémique en psychologie, il est possible d'aller directement aux paragraphes "écologie" ou "écosystémique".

Les apports de la systémique

La psychologie systémique a commencé aux Etats Unis dans la moitié du 20° siècle à partir de diverses personnalités qui se sont influencées les unes les autres, formant ce que l’on a appelé « le collège invisible» car ils ne résidaient pas au même endroit et n’ont jamais formé une école ou une université explicite. Nous ne conterons pas ici l'histoire de cette grande aventure qui a eu un immense impact sur la psychologie. On y retrouvera les noms de Grégory Bateson ,   Paul Watzlawick Don Jackson, et autres médecins, psychologues ou chercheurs, ainsi que celui de l’illustre et sympathique psychiatre de Phoenix, Milton Erickson, redécouvreur de l’hypnose et maître à penser de nombreux « psy » dont l’humble auteur de ces lignes. La ville de Palo Alto, proche de San Francisco, où Don Jackson exerçait comme psychiatre, est souvent citée comme le centre de ce courant de pensée. Une bibliographie est donnée en fin de chapitre.

Nous nous bornerons à citer les éléments les plus importants, ou plus exactement ceux dont nous nous servons dans le modèle éco-systémique, pour développer la théorie du couple, et la thérapie éco-systémique stratégique de couple.
La psychologie systémique s’est appuyée sur les sciences exactes, en particulier sur trois d’entre elles qui se sont développées dans la deuxième moitié du XXème siècle :

  • La cybernétique, crée pendant la deuxième guerre mondiale par le mathématicien américain Norbert Wiener, et que l’on peut définir comme la science des mécanismes de rétroaction (feedback en anglais) . Elle s’intéresse particulièrement aux phénomènes à causalité circulaire, dans lesquels cause et effet interagissent constamment.

  • La théorie mathématique de la communication, inventée par l’ingénieur (et ingénieux !) Claude Shannon, fort utile dans tout ce qui concerne la télécommunication et le codage de l’information.

  • La théorie générale des systèmes du biologiste Ludwig von Bertallanfy, appliquant à la biologie des données mathématiques, et première grande théorisation sur les systèmes.

Cette filiation est importante - elle est essentiellement d'origine américaine -  car elle montre le désir des pionniers de la systémique d’avoir une démarche scientifique, discipline à laquelle nous essayons de nous astreindre dans cet ouvrage. Attention pourtant ! Le fait d’utiliser des concepts de science exacte ne permet pas pour autant d’affirmer que la démarche est elle-même  une science exacte, s’appuyant sur la rigueur déductive. Les concepts empruntés aux théories précédentes le sont souvent sur le mode analogique, et non déductif. On reste dans le domaine de la science humaine avec ce qu’elle a de nécessaire imprécision, de raisonnements par analogie, métaphore et étayage, plus que par déduction. Chercher une précision mathématique dans l’étude de la psychologie, et en particulier du couple, conduirait évidemment à ne rien faire.


La communication humaine

Le  schéma de Shannon.

C’est un schéma général, qui s'applique d'abord aux systèmes d'information artificiels. Les psychologues ont emprunté ce schéma à Claude Shannon, qui ne l'avait d'ailleurs pas prêté. Il a constamment récusé l'utilisation de ce modèle de science exacte à l'être humain.


Un émetteur émet un signal codé dans un certain code. Il l’envoie vers le récepteur désigné, en circulant sur un canal. Par exemple un être humain émet une parole exprimée dans un certain langage, à destination d’un autre. Le canal peut être direct, s’ils sont l’un à côté de l’autre, ou distant (le téléphone), ou passer par l’écriture et un autre canal de communication (courrier, mel, SMS) .

 schema de Shannon


Le message part sur le canal, mais celui-ci est perturbé par ce qu'on appelle des bruits. Ainsi le message n’arrive pas exactement comme il est parti, il est déformé par des bruits. Il se peut même qu’il n’arrive pas du tout. Lorsqu’il arrive, pour qu’il soit compris, il faut que le récepteur ait le même code que l’émetteur afin de pouvoir décoder le message. Sinon, il va le comprendre différemment. Ajouté aux bruits, ce décalage perturbe la bonne réception du message. C’est pourquoi il est nécessaire que le récepteur envoie un retour indiquant qu’il a bien reçu le message et a pu le décoder. Mais ce retour lui-même peut être sujet aux perturbations de bruit. Il pourra dont être nécessaire d’envoyer un autre retour.


Une illustration de ce mécanisme est la bien connue reformulation - théorisée et développée par  Carl Rogers - qui permet la synchronisation dans un entretien d’aide. L’aidant, celui qui est là pour bien écouter, reformule régulièrement les paroles de celui qu’il écoute. Il le fait en changeant un peu les mots, pour retourner l'expression qu'il entend comme il l'aurait formulée lui-même. Le sujet (celui qui est là pour être aidé) valide alors par de simples mises au point : « oui, oui » ou, « c’est tout à fait ça », ou autre approbation. Ainsi les interlocuteurs sont-ils sûrs ou à peu près de s’être bien compris. Il faut parfois plus qu’un aller-retour pour assurer une communication fluide.

La communication multicanale.

Les ordinateurs utilisent diverses techniques afin d’avoir une communication parfaite ou presque, les humains n’ont pas cette possibilité car leurs systèmes de codages sont complexes et relativement peu précis. Leur communication est perturbée par des bruits divers, par des différences entre codage et décodage, et parce que la communication passe par plusieurs canaux, elle est multicanale. Elle passe par les canaux constituants nos sens.

Visuel,   Auditif,    Olfactif,   Tactile,  Gustatif,

Les canaux tactile et olfactif sont utilisés dans la communication proximale, réservés aux relations intimes, en particulier parentale et, ce qui nous intéresse ici, amoureuse et sexuelle. Ce sont même les canaux privilégiés de la sexualité.

Le canal gustatif est utilisé de manière indirecte, par le partage de la nourriture. Inviter quelqu’un au restaurant, pas exemple sa femme le jour de l’anniversaire de mariage, signifie un message d’attention, dont la signification peut être influencée par le restaurant et le menu choisis.

Les canaux visuel et auditif, pour la communication distale, s’utilisent tout le temps, dans les communications sociales ainsi que dans l’intimité, en particulier dans la relation duelle, celle du couple.

Une attention doit être portée à cette particularité humaine qu’est l’utilisation d’un langage à haut niveau d’abstraction, et permettant de fabriquer du sens à l’infini. La communication langagière passe surtout par le canal auditif, mais pas uniquement. Dans la conversation, on va distinguer trois canaux différents :

  • Le canal verbal pur, constitué du contenu strict du discours, ayant une signification dans la langue parlée par les interlocuteurs. C’est l’énoncé sans tenir compte de la manière dont cet énoncé est formulé, l’énonciation.

  • Le canal para-verbal, constitué des toutes les caractéristiques sonores de l’énonciation : débit, timbre, niveau sonore, coupures et hésitations, accent, tics de langage, etc. On parle de prosodie pour désigner cet ensemble de variations de la parole.

  • Le canal gestuel et mimique (dit aussi non verbal). C’est ce que l’on perçoit par la vision, et qui accompagne le langage : La posture du corps, ses mouvements , la distance que met l’émetteur avec son récepteur, ce  qu’Edward Hall appelle la proxémie, la différence de niveau - debout pour parler à quelqu’un d'assis - et plus encore les mimiques du visage : différents types de sourire, croisement ou non du regard, contraction des muscles, gros yeux, plis sur le front, …

La communication langagière ne se fait pas uniquement en présence des deux interlocuteurs. Elle peut se faire à distance au moyen du téléphone. Dans ce cas, la mimique et la gestuelle sont absentes mais le canal para-verbal existe et est même renforcé. L’absence du canal visuel entraine une concentration plus forte sur les autres. C’est pourquoi la communication par téléphone peut être salutaire pour des amoureux ou des conjoints en conflit. L’effort fait pour reconstituer le canal manquant va donner un autre relief à la communication véhiculée uniquement par la parole . L’absence des canaux visuel et tactile, annule les éventuels effets négatifs de cette communication, notamment la peur, et  peut ainsi faciliter l’échange verbal. Les moyens modernes de télécommunication permettent de faire passer une image, donc de bénéficier d’une partie de la communication non verbale, la mimique essentiellement ; on est ainsi dans un intermédiaire entre la conversation en présence et le téléphone, ce qui peut aussi constituer un avantage.

Le langage passe aussi par l’écriture, donc le canal visuel, ou tactile pour les non-voyants. Celle-ci présente de nombreux avantages, du fait de la possibilité pour l’émetteur de prendre le temps avant d’envoyer son message, et du temps pris par le récepteur pour le décoder. L’augmentation très importante du temps de l’interaction entre les deux protagonistes permet de communiquer à un autre niveau psychique. De même la permanence du message donne un poids beaucoup plus important à ce qu’il contient. « Les paroles volent, les écrits restent » dit un proverbe. Ecrire à son conjoint, même si l’on réside avec lui et qu’on a la possibilité de le voir peut-être le moyen de lui donner le temps de vous comprendre, et de laisser des traces de ce qu’on voulait lui dire. Les messageries électroniques, ou les messages courts (SMS) sont des intermédiaires entre la lettre et la conversation, avec la possibilité de relire le message avant envoi, mais un temps d’interaction court. La faible expérience que l’on a sur l’utilisation de ce type de canal, très récent, est source de beaucoup de malentendus qui peuvent créer des problèmes, en particulier dans les couples.

La communication humaine est donc d’une immense richesse, tant par la diversité des canaux que par la complexité des codages. Dans la relation de couple, toutes les canaux sont ouverts et les possibilités extrêmes. C’est sans doute la communication duelle potentiellement la plus riche. La conséquence est double :

- D’une part elle engendre des sources multiples de dysfonctionnements, que nous étudierons ailleurs, notamment dans le chapitre consacré à la thérapie de couple. La distorsion de la communication peut être sujet de conflits graves et d’intenses souffrances. Cela peut tourner à l’enfer.
- D’autre part elle ouvre sur la possibilité d’approfondissement de la relation et d’enrichissement personnel de ses membres. Le système ultra complexe « couple » offre d’infinies possibilités à ses deux membres, pour autant qu’ils sachent l’utiliser correctement et ne pas tomber dans les pièges d’une communication détériorée. Une bonne communication, entretenue et mise au point en permanence est facteur de bonheur. Cela peut devenir - au moins passagèrement - le paradis.

La communication est permanente

On ne peut pas ne pas communiquer 

C’est le postulat de Paul Watzlawick :  On ne peut pas couper la communication avec quelqu’un que l’on connait, car la rupture de communication est en elle-même signifiante. Si une personne ne répond pas à son conjoint quand il lui parle, cela veut sans doute dire qu’il est fâché. S’il ne décroche pas son téléphone lorsqu’il est en voyage, cela peut vouloir dire qu’il a eu un problème, ou alors qu’il est en compagnie et ne veut pas être dérangé, ou encore qu’il a perdu ou cassé son téléphone. Le conjoint qui sollicite cet appel a le choix de l’interprétation, selon qu’il est lui-même inquiet, jaloux ou insouciant. Il décodera cette absence de message à sa façon, selon son propre caractère et aussi selon ce qu’il sait, ou croit savoir de son partenaire. La conséquence est qu’un problème de communication entre les membres d’un couple ne peut pas se résoudre par interruption. Il ne peut se résoudre que par retour à une communication de bonne qualité. Pour ce faire, on sera amené à chercher un autre niveau de communication permettant de communiquer sur ce qui ne marche pas. On parle de méta-communication. L’appel à un thérapeute de couple participe de cette méthode.

La méta-communication peut aussi servir, lorsque tout va bien, à maintenir et enrichir la relation de couple. Il suffit pour cela que les conjoints prennent le temps de parler sur la manière dont ils communiquent, que ce soit verbalement ou non : tous les sujets peuvent être abordés, y compris celui de la sexualité. Ainsi la communication entre conjoints (et c’est aussi valable pour d’autres groupes humains) s’entretient, comme la forme physique, la santé, la culture, l’élégance,… Entretenir et faire évoluer sa communication est un gage d’agrément et d’évolution.


Les distorsions de la communication

Le paradoxe et la double contrainte.

La double contrainte (double bind en anglais) a été introduite par le grand anthropologue Grégory Bateson, à la suite de ses observations sur la société de l'ile indonésienne de Bali. Elle consiste, pour une personne, à être mise dans une situation où, quelle que soit sa manière d’agir ou de réagir, elle ne pourra que faire une erreur, et se la verra reprocher. Paul Watzlawick cite, dans un livre puissant et à l’humour décapant jusque dans son titre - Faites vous-même votre malheur -  un exemple devenu célèbre sous le nom du don des deux cravates. Il donne ce conseil à une mère qui veut mettre son fils dans une situation de double contrainte :« Offrez-lui deux cravates différentes et, la première fois qu’il en portera une, regardez-le avec amertume et dites-lui sur le « ton de la voix basse » : je savais bien que tu n’aimerais pas l’autre ».

La vie est remplie de telles situations paradoxales, en particulier la vie de couple.

Le mari jaloux.  Un homme a épousé une jolie femme et en est très fier. Il insiste pour que sa femme soit élégante lorsqu’il l’emmène au restaurant. Mais les autres hommes la regardent et, comme il est jaloux, il lui reproche de vouloir séduire ces hommes. La pauvre femme est alors dans la double contrainte : être belle pour plaire à son mari, et ne pas être belle pour ne pas plaire aux autres hommes.

La mère célibataire ou divorcée. Une femme vit seule avec son enfant (son père est inexistant ou peu présent). Elle s'installe avec un nouveau compagnon. Elle souhaite vivement que celui-ci joue un rôle paternel vis-à-vis de l’enfant, ce qu’il accepte. Mais, lorsqu’il fait preuve d’autorité, elle le reprend et le critique vertement. Ainsi ce pauvre homme est dans la double contrainte : jouer un rôle paternel – ce qui implique d’avoir une autorité différente de celle de la mère – et être un toutou au service de celle-ci.

L’injonction paradoxale.

La double contrainte peut être engendrée par un message paradoxal, c’est à dire contenant en lui-même sa propre contradiction. Le plus célèbre de ces message est l’injonction donnée, par exemple à son conjoint ou à un enfant : «  sois spontané ! » Celui qui veut répondre à cette injonction va devoir faire un effort, ce qui aura pour conséquence qu’il n’est pas spontané. Il est donc condamné à l’échec, car la réponse à ce qui lui est demandé contient en elle-même sa propre contradiction. On ne peut pas être spontané sur commande.

Les théoriciens des systèmes, en premier lieu Paul Watzlawick se sont intéressés de près à la logique formelle, notamment au fameux paradoxe de Bertrand Russel et du plus fameux encore paradoxe du barbier, cher aux mathématiciens, logiciens et autres théoriciens des ensembles :

Le barbier du village est celui qui rase les hommes ne pouvant pas se raser eux-mêmes.

Le paradoxe est soulevé par la question sans réponse : qui rase le barbier?

Cet appui sur la logique formelle et les mathématiques donne à la théorie systémique un poids important. Mais attention, il ne faut pas pour autant en déduire que la théorie en question a un statut de mathématique. On ne peut prétendre en sciences humaines à une rigueur mathématique au risque de ne rien pouvoir affirmer.

Les exemples  d’injonction paradoxale sont nombreux, en particulier dans les familles ou les couples.

Une femme se plaint fréquemment que son mari n’a pas assez d’attentions. Elle lui demande explicitement « je voudrais que tu penses plus à moi et aies des attentions à mon égard ». Peu après, il l’invite au restaurant pour la Saint Valentin. Elle est très déçue par cette invitation un jour standard, qui n’a pas le caractère d’attention comme elle l’aurait souhaité. Mais s’il n’avait rien fait le jour en question, elle aurait pu très mal le prendre. Il ne pouvait donc pas réaliser le souhait de sa femme et était condamné à échouer de toute façon. Pris dans le piège paradoxal, le mari se retrouve dans une double contrainte et ne peut qu'échouer.

L'alternative impossible.

Elle survient lorsqu'une personne a le choix pour résoudre un problème entre deux solutions perdantes, mais pour des raisons différentes. On n'est pas exactement dans la même situation que l'injonction paradoxale car, dans ce dernier cas, c'est le fait de choisir qui montre le paradoxe et l'impossibilité d'en sortir. On trouve souvent des alternatives impossibles chez les couples qui fonctionnent plutôt bien, qui ont construit ensemble une relation ayant beaucoup d'actifs, et qui font face à une crise grave. L'alternative est posée en ces termes pour chaque conjoint : je dois soit quitter l'autre, soit subir une situation intolérable. Mais le quitter me rendra malheureux et je suis donc condamné à être perdant quelque soit ce que je fais. Or l'impossibilité résulte en fait de la non acceptation d'un paradoxe : c'est parce que je suis heureux(se) avec elle (lui) que je souffre de cette crise (par exemple une relation extra-conjugale). On sortira de l'alternative impossible en rejetant le caractère alternatif du problème - il n'y a que deux solutions - et cherchant d'autres voies qui accepteront le caractère fondamentalement paradoxal de l'amour : c'est parce que je l'aime que je peux souffrir à cause de lui. Nous en avons un bon exemple dans l'histoire de Jérôme et Emilie.

Les messages différents sur plusieurs canaux.

Nous communiquons la plupart du temps sur plusieurs canaux, en particulier sur un canal verbal et  les autres canaux. La dyschronie entre ces divers canaux va mettre celui qui les reçoit dans une situation paradoxale : lequel des messages dois-je prendre?

Une femme demande à son conjoint « est-ce je te plais avec cette robe ? » avant d’aller ensemble à une soirée.« tu es magnifique » répond celui-ci d’un ton monocorde tout en continuant à lire son journal. Son attitude, sa posture et le ton de sa voix indiquent qu’il est indifférent à l’habillement de sa femme, alors que son langage verbal indique le contraire.

« Tu rentres bien tard » demande à sa femme un homme qui ne cache pas son inquiétude.  « euh, … J’avais une réunion décidée au dernier moment » répond celle-ci, en balbutiant, rougissant et regardant ailleurs.

Quel message prendre? lorsqu’il y a information paradoxale entre le message verbal et d’autres messages, on aura tendance à donner priorité à ces derniers. L’épouse précédente pensera que son mari se fiche complètement de sa tenue et en ressentira de la tristesse. Le mari de l’exemple suivant se dira que sa femme lui cache quelque chose. Ainsi naitront des inquiétudes, des interprétations, et l’impression que l’autre se moque de vous. Si de telles scènes paradoxales se répètent, elles accentueront le sentiment de duplicité allant jusqu’à la suspicion de perversité chez le conjoint, alors que la plupart du temps, c’est la communication qui ne marche pas et non le conjoint qui cherche à manipuler.

L’excès de ces paradoxes peut aller loin et engendrer de très graves perturbations, en particulier vis à vis des jeunes enfants. C’est en étudiant de jeunes schizophrènes que le psychiatre Don Jackson a commencé à s’intéresser au théories systémiques, montrant qu’en fait, le jeune n’était que celui sur qui s’était déclarée une pathologie familiale que personne ne voyait. La forme ultime a constitué ce qu’Harold Searles a décrit dans un article dont le titre est suffisamment explicite : « l’effort pour rendre l’autre fou ». Des conjoints peuvent ainsi devenir, sans l’avoir voulu, nuisibles l’un pour l’autre et entrer dans des conflits graves, suite à un emballement de la communication perturbée. Chacun accuse alors l’autre de vouloir le rendre fou, le martyriser ou simplement se débarrasser de lui. On entend des accusations de perversité et même le diagnostic psychiatrique de « pervers narcissique » qui n’a la plupart du temps aucun fondement. Ce n’est pas parce que la communication est devenue pathogène qu’un des conjoints est nécessairement un pervers. Certes, il existe d'authentiques pervers, qu'il faut fuir à toute jambe tant ils sont dangereux, mais un mécanisme pervers de communication n'est pas le signe de la perversité d'un des communicants.


L'utilisation positive du paradoxe.

Ne restons pas sur l’aspect uniquement négatif de la communication paradoxale. Si le paradoxe peut entraîner le conflit et même « rendre l’autre fou », il peut aussi être utile. Des psychologues et psychiatres l’utilisent dans la conduite de leurs psychothérapies. L’injonction paradoxale du thérapeute peut obliger son client à sortir d’un blocage dans lequel il est coincé, et lui être salutaire. La vie courante offre aussi des circonstances où les messages paradoxaux ont un effet bénéfique. L’humour en est un bon exemple ; beaucoup de blagues viennent du paradoxe de ce qu’elles racontent. Le langage amoureux et l’activité sexuelle offrent de nombreux exemples.

Un homme qui a eu une longue expérience sexuelle, a roulé sa bosse sans chercher à se fixer, rencontre une femme plus jeune que lui et ayant, elle, très peu d’expérience. Il s’éprend d’elle et veut faire sa vie avec elle, changeant complètement de mode de vie. Elle répond à sa demande avec enthousiasme mais ne cache pas que son manque d’expérience lui donne des complexes et qu’elle n’a pas du tout confiance en elle. Effectivement, les premiers rapprochements sexuels sont délicats, la jeune femme s’avérant très mal à l’aise et se sentant en état d’infériorité. Toujours autant attiré par cette personne, notre homme n’est nullement inquiet par la gaucherie de sa compagne, ayant suffisamment d’expérience pour savoir que ce sera passager et heureux de pouvoir lui faire profiter de sa propre aisance. Mais comment faire? S’il lui raconte sa vie, et montre trop d’assurance, il risque de la complexer encore plus, et de creuser son sentiment d’infériorité à l’égard des autres femmes. Mais s’il se met à son niveau, elle n’évoluera pas et sera peut-être aussi déçue par les rapports sexuels avec cet homme dont elle attend beaucoup. Il va sortir de ce dilemme par une attitude paradoxale. Il  lui dit qu’il est lui aussi très ému, car c’est la première fois qu’il est engagé dans une relation aussi forte ; il reste très flou sur toutes ses aventures, même si elle le lui demande. Et par ailleurs, il est très à l’aise dans son comportement, donnant l’impression à sa compagne qu’il découvre avec elle les plaisirs de la sexualité. Ainsi prend-elle rapidement confiance en elle et se prend-elle agréablement à ce jeu. Un cercle vertueux se met en place et leur vie sexuelle leur donne de plus en plus de plaisir. A mesure que leur intimité augmente et que la confiance l’un en l’autre s’affirme, il lui parle de ses précédentes conquêtes, sans donner des détails, car il ne veut pas construire la relation future sur une distorsion de la réalité.

Ils sont un couple d’allure très traditionnelle. Elle professeur de lettres et lui comptable. Ils apprécient chacun chez l’autre ces qualités de sérieux, fiabilité, morale, rigueur, qu’ils enseignent à leurs enfants. Mais dans l’intimité tout change. Ils ont ensemble découvert des jeux érotiques que leur environnement serait bien loin d’imaginer. Elle revêt des vêtements coquins achetés par internet et se maquille avec des couleurs criardes. Rien n’excite plus son mari que de voir son épouse quitter son tailleur strict, défaire son chignon et poser ses lunettes, pour se transformer en racoleuse du bois de Boulogne. Pourtant, il n’a jamais fréquenté ce genre de lieu et n’a jamais été attiré par des femmes à l’attitude provocante. C’est le paradoxe qui crée cette excitation : sa femme sérieuse - on peut même dire austère - se transformant en courtisane. Elle qui règne sur sa maison avec autorité, qui ne supporterait ni de ses enfants, ni de son mari une marque d’irrespect, adore qu’il la regarde, dans l’intimité, comme une femme objet, qu’il détaille son corps avant de la prendre selon son propre désir, sans lui demander son avis (cela romprait tout le charme). Jamais elle n’a supporté qu’un homme montre vis-à-vis d’elle des attitudes un tant soit peu macho, elle femme cultivée, grande admiratrice d’Olympe de Gouge. Mais elle aime se faire prendre comme une chose par son mari, modèle de courtoisie et de respect conjugal. C’est le paradoxe qui la stimule. Bien entendu, ils sont l’un vis à vis de l’autre d’une fidélité absolue, qui ne leur demande aucun effort tant elle est naturelle. Nous raconterons plus en détail cette histoire lors d'une prochaine mise à jour.

Revenons à la femme dont nous avons parlé plus haut - celle qui rougit lorsque son mari lui demande pourquoi elle est rentrée tard - et voyons comment elle pourrait utiliser une communication paradoxale.

En vérité, elle était sortie avec des copines, anciennes élèves de la même école. Mais au lieu de rester au restaurant comme prévu, elles sont allées en boite de nuit, entrainées par deux d’entre elles plus aventurières que les autres. Evidemment, elles se sont fait draguer par des hommes venus pour cela. Elle s’est laissée faire comme dans un jeu puis, à un moment, a été troublée par un homme qui a su la charmer. Elle a dansé avec lui et ils se sont même embrassés. Il lui a proposé de l’emmener chez lui et elle a refusé, réalisant tout d’un coup qu’elle était sur une mauvaise pente. En rentrant tôt le matin, elle n’était pas à l’aise mais son mari dormait et ce n’est qu’au petit déjeuner qu’il l'a questionnée. Elle ne peut lui raconter exactement ce qui s’est passé car, s’il l’aime sincèrement, il est un peu jaloux. Elle ne veut pas non plus mentir, car ce n’est pas leur façon de fonctionner ensemble ; en outre, elle n’a pas complètement confiance dans ses « copines » . Elle ne se sent pas vraiment coupable de ce qui s’est passé, et cherche comment raconter sa soirée. Elle va envoyer deux messages, l’un par son attitude, l’autre par sa parole, le premier étant le plus important. Elle est naturelle, décontractée, lui montrant toute son affection sans forcer ; elle se comporte comme quelqu’un qui est en accord avec soi-même, comme une épouse qui est heureuse avec son mari et n’a rien à lui cacher. En même temps, elle raconte la soirée, sur un ton simplement narratif. Dans l’ambiance festive d’anciennes élèves, elle a retrouvé le temps des étudiantes et s’est laissée entrainée à aller en boite. Elle décrit comme une anecdote drôle les avances de cet homme ; elle cachera le baiser mais insistera sur sa réaction de « réveil » sans cacher qu’elle a apprécié de se sentir femme attirante. Tout dans ses messages non verbaux montre son assurance, sa certitude de ne pas dépasser les limites, et aussi l’attachement à son mari, aux valeurs communes, la franchise et la fidélité. C’est ce que son mari comprend. Il est rassuré, ce qui calme sa jalousie, et accepte fort bien que sa femme ait eu envie de s’amuser avec des copines. Ce qui lui apparaît le plus important est qu’elle ait su s’arrêter à temps, et non qu’elle ait cédé au début. Il est même fier d’avoir une femme séduisante. Il le lui dit, la prend dans se bras, et chacun peut deviner ce qui s’ensuit.

La circularité des causes et les cercles vicieux ou vertueux.

Le cœur de la cybernétique est l’étude des phénomènes ou cause et effet s’enlacent l’un dans l’autre au point qu’on ne sache plus les distinguer. La causalité n’est alors pas linéaire - une cause produit un effet sous certaines conditions - mais circulaire : la cause produit un premier effet peu sensible, qui renforce la cause et produit un effet plus important et ainsi de suite. Au bout d’un moment la relation cause-effet s’emballe et peut entretenir un cercle vicieux qui tournera de plus en plus vite et arrivera à un paroxysme engendrant des effets cataclysmiques. On a de nombreux exemples en écologie, en économie, en politique. Ceux qui nous intéressent concernent la vie conjugale.

Madame se plaint que Monsieur ne fait rien à la maison. C’est ce que constatent sans difficultés les amis qui viennent : il ne remplit même pas le lave vaisselle. Interrogé sur la question, il ne nie pas, au contraire, il reconnait qu’il laisse tout faire à sa femme. Mais dit-il, il y a une raison, c’est qu’elle est tellement maniaque que s’il fait quelque chose, elle le critique et éventuellement le refait. Il préfère donc lui laisser toutes les responsabilités ménagères, comme elle faisait lorsqu’ils se sont rencontrés. En fait, dit-il, il n’a fait que s’adapter car, célibataire, il s’occupait correctement de son appartement. "Pas du tout" dit Madame ; lorsqu’elle l’a connu, il vivait dans un taudis insalubre et c’est elle qui lui a appris le minimum d’hygiène. Lorsqu’ils se sont installés ensemble, elle souhaitait vivement un partage des tâches ménagères, mais elle s’est vite aperçue qu’il négligeait tout ce dont il se chargeait et qu’elle devait, c’est vrai, tout refaire après. Chacun d’eux trouve des exemples à l’appui de sa position et le cercle vicieux tourne à plein. La plupart du temps, cela reste courtois, mais parfois la coupe est pleine et le conflit s’enflamme et dégénère : cris, disputes, bris de vaisselle. Ils ne sont jamais allés jusqu’à l’affrontement physique, mais ont peur que cela vienne un jour. Nous verrons dans un autre chapitre comment sortir de ce cercle infernal. Une condition première et incontournable : chacun doit renoncer à chercher la responsabilité ; ils sont tous deux convaincus de ne réagir qu’en réponse à l’attitude de l’autre et ils devront renoncer à savoir qui a commencé. Ils devront simplement chercher comment en sortir, sans que soit fait mention des responsabilités.

Il n’y a pas que des cercles vicieux. La causalité circulaire engendre aussi des cercles vertueux, que l’on peut alimenter tellement ils sont performants. Lorsqu’ils tournent régulièrement ils sont facteurs de grandes satisfactions et de stabilité du couple.

Ainsi en est-il pour ce couple qui a déjà quelques années derrière lui. Elle se fait belle pour plaire à son mari. Il la complimente sans mesure, sans recherche d’objectivité ; il est ébloui par son charme, dit-il, au point qu’il la prend dans ses bras et qu’elle sent bien qu’il la désire. C’est le milieu de l’après-midi et elle a autre chose à faire que de faire l’amour. Ce n’est pas pour cela qu’elle s’était bien habillée mais pour lui montrer la tenue qu’elle mettra prochainement pour un mariage. Mais elle est émue par son enthousiasme et y répond. Il n’en est que plus stimulé et les voilà bientôt enlacés tendrement. Lorsqu’elle se rhabille après l’étreinte, il lui fait des compliments dithyrambiques au point qu’elle lui demande de faire preuve d’un peu d’objectivité. Je ne peux pas, répond-il, car je te trouve effectivement magnifique. Un double cercle vertueux tourne très bien entre eux : se sentant admirée par son mari, elle est bien dans sa peau et cela augmente son charme. Comblé dans sa sexualité, il est un amant attentif et entretient ainsi l’envie de sa femme de partager les moments érotiques.

On trouvera une bibliographie, nécessairement succincte vu l'ampleur du sujet en cliquant ici.



Les apports de l’écologie.

Ce qui précède est hérité des théories et méthodes systémiques, venues de l’école de Palo Alto. Mais nous avons rajouté, dans notre modèle, le préfixe éco, qui indique la référence à l’environnement. Cela nous amène à utiliser des données de l’écologie.

La causalité circulaire et les cercles vicieux se retrouvent dans l’approche écologique, comme le notait jadis le mathématicien reconverti à l’écologie Pierre Samuel . Nous l’avons développé plus haut et n’y reviendrons pas. Passons à ce qui est plus typiquement écologique.


La variation de l’effet en fonction de l’intensité de la cause.

Les nitrates peuvent être fertilisants ou polluants selon la concentration à laquelle on les utilise. Toute personne ayant manipulé du fumier en est consciente et les écologues l’ont démontré. On ne peut donc pas dire que l’action des nitrates est en soi bonne ou mauvaise, mais que la nocivité ou bénéficité de cette action dépend d’un certain seuil de concentration. Notre vie est remplie de tels phénomènes. Citons certains qui concernent la vie de couple.

L’expression du désir sexuel de son partenaire est valorisante. On se sent désiré(e) et c’est bon. Mais si cette sollicitation est permanente, elle devient lourde, est ressentie comme une exigence et non comme un hommage et finit, au bout du compte par provoquer l’effet contraire : le partenaire trop sollicité se dégoûte et refuse toute relation sexuelle.

Vivre avec un conjoint riche et généreux est bien agréable. Mais le flot d’argent qu’il vous déverse dessus peut devenir oppressant, donner l’impression qu’il vous achète, et faire perdre le goût de choses plus simples de la vie.

Un conjoint cordon bleu régalera les papilles et créera de nombreuses occasions de se faire plaisir ensemble. Mais à force de trop bien manger, le couple peut sombrer dans l’obésité, qui n’est pas un très bon aliment (si l’on peut dire) à l’amour. De même un domicile agréablement meublé avec goût et entretenu avec rigueur est facteur de bien être. Mais s’il ressemble à un musée dans lequel on ne peut se déplacer qu’avec des patins, il perd rapidement son charme.

La jalousie est comme le poivre : une petite dose donne du piquant à la vie amoureuse. Un excès la rend carrément inconsommable.

Ainsi,  pour la plupart des aliments de la bonne santé du couple et du bonheur qu’il provoque chez ses deux membres, l'action bienfaisante est une question de dosage et de moment.

La synergie des causes

Les écologues constatent souvent qu’un phénomène, par exemple la diminution de la forêt, est la conséquence d’un faisceau de causes dont aucune n’aurait été suffisante pour provoquer à elle seule le phénomène. La médecine connait également ces faits. L’obésité est conséquence de plusieurs causes : une certaine hérédité, une alimentation trop riche, un dérèglement hormonal, une absence de mouvements…
Nous allons retrouver ceci très fréquemment dans la problématique du couple. Les difficultés viennent le plus souvent de la synergie de causes multiples. Certaines peuvent être internes, venir de l’un ou l’autre des conjoints, d’un problème de communication entre eux (voir plus haut). D’autres sont d’origines externes : le travail, le manque d’argent, les familles des conjoints,… Et comme nous l’avons déjà noté précédemment, la synergie des causes  donne aussi des résultats positifs, permettant à des couples de trouver le bonheur alors qu’aucune cause majoritaire ne suffirait à les rendre heureux.

Ils habitent une toute petite maison de banlieue. Ils ne se sont pas rencontrés sur un coup de foudre, ils ne sont pas des top modèles, ni des génies, n’ont que de petits revenus sans grand espoir d’évolution. C’est peut-être cette modestie qui les a fait se rencontrer. Mais il est extrêmement bricoleur et a beaucoup de copains qui le sont aussi. Elle a toujours eu du goût et des talents pour la décoration ; avec sa mère, elle fait les brocantes et a le chic pour trouver beau et pas cher. Leur maison délabrée achetée une bouchée de pain est devenue un petit paradis. Convaincus chacun d’avoir rencontré son alter ego, ils n’arrêtent pas de se complimenter, mettant au service du couple leur capacités personnelles. Ainsi ont-ils pu construire un bonheur réel par addition d’éléments et création de cercles vertueux.

L’adaptabilité

C’est une vertu essentielle pour les espèces. Les merveilleux animaux des iles Galapagos en auraient fait les frais si les autorités n’avaient réagi à temps. Lorsque les humains ont importé des porcs et des chèvres, ceux-ci ont bien failli éliminer les iguanes, tortues et autres oiseaux, parce qu’ils avaient une grande capacité d’adaptation à ce milieu, et gagnaient la concurrence avec les espèces locales. Jacinthe d’eau, lapins en Australie, et autres catastrophes écologiques ont montré combien l’adaptation était un formidable atout pour la conquête d’un environnement, d’un biotope.

L’adaptation en matière conjugale se fait sur plusieurs niveaux. Il y a d’abord l’adaptation l’un à l’autre des deux conjoints ; l’attirance initiale facilite cette adaptation mais elle ne la réalise pas toute entière. Il y a ensuite l’adaptation au milieu environnant, local, professionnel, familial, enfin l’adaptation à la société dans laquelle les conjoints vivent, cette adaptation ne signifiant pas uniquement soumission aux règles sociales. Ce sont ces divers niveaux de nécessité d’adaptation qui rendent particulièrement intéressante l’utilisation du modèle écosystémique, puisque celui-ci tient compte des divers écosystèmes dans lequel le couple est immergé. La théorie du couple développée dans cet ouvrage s’appuie sur le concept d’adaptation. Des années de thérapie de couple et d’intérêt porté aux questions conjugales, amoureuses et sexuelles m’ont convaincu que la capacité d’adaptation est la variable la plus importante pour la réussite de la relation conjugale. Les personnes heureuses en couple sont surtout celles qui possèdent cette qualité. a contrario, les échecs sont souvent liés à une rigidité d’attente et à la difficulté de s’adapter.


Spécificités du modèle écosystémique.

Venons-en à notre modèle, qui va servir de cadre à la théorie du couple, à la thérapie de couple, et aux suggestions pour vivre une vie heureuse en couple. Rappelons-en le principe :  l'être humain est un individu agissant, en constante interaction avec les systèmes dans lesquels il est immergé, ou a été immergé au cours de son histoire.

 Modele systemique

Au centre, l’individu, homme ou femme. C’est sur lui, en définitive, que se porte le regard de la psychologie. Il est inclus dans divers systèmes, qui peuvent avoir des points communs, être disjoints ou emboités les uns dans les autres.


Micro-système : le couple formé de deux éléments, inclus éventuellement dans  famille nucléaire
Méso-systèmes (famille élargie, groupes d’amis, entreprise, associations, groupe religieux, politiques ou idéologiques,…)
Macro-système (société en un endroit donné à un moment donné - pour nous la société française du début du XXIème siècle)

On peut aussi introduire, éventuellement
Exo-système : les systèmes qui ont un impact sur l’individu, alors que celui-ci n’y appartient pas ; c'est le cas, par exemple, de l’entreprise dans laquelle travaille le conjoint.
Chrono-système. Il s’agit du ou des systèmes appartenant au passé et qui influencent le présent. Nous utiliserons peu ce vocable qui semble donner au passé un statut analogue au présent. Nous préférerons, en suivant les psychologues comportementalistes, parler de dimension diachronique des divers systèmes, par opposition à la dimension synchronique qui correspond à l’état actuel.

Éventuellement Méga et Giga-systèmes
Le méga-système est l’espèce humaine toute entière. L’être humain - homo sapiens sapiens - n’a pas évolué en tant qu’espèce depuis des centaines de milliers d’années. C’est un être à reproduction sexuée, un mammifère qui se déplace debout et communique au moyen d’un langage. Nous considérerons ceci comme immuable à notre échelle et ne le remettrons pas en cause.
Le giga système est l’univers tout entier, avec ses lois que nous ne discuterons pas, comme l’attraction universelle ou les principes de la thermodynamique. C’est aussi, bien entendu, une donnée intangible de notre réflexion.

Tous ces systèmes sont des systèmes ouverts, en interaction permanente les uns avec les autres, mais nous n’aborderons pas ces interactions. Ce qui nous intéresse, c’est l’individu au milieu de tous ces systèmes, en particulier du système couple. Comment va-t-il pouvoir agir de manière à être le mieux possible, optimiser son bien être? On parle ici au sens psychologique du terme ; le bien être de l'individu incluant le désir du bien être de son conjoint, et de leurs éventuels enfants. Car c'est par le truchement de la représentation personnelle du bien être de ses proches que l'individu va pouvoir y contribuer et c'est, au bout du compte, la satisfaction qu'il retire du fait de se sentir bon conjoint et bon parent qui sera le critère de succès. Or être un "bon conjoint" dépend bien sûr des aspirations de l'autre conjoint, mais est aussi très influencé par les représentations en cours dans les éco-systèmes, méga et mésosystèmes. Par exemple, de nos jours, un mari qui tenterait d'empêcher sa femme d'exercer un métier serait considéré comme tyrannique, et donc très mauvais conjoint. Il y a quelques décennies, c'est un mari forçant son épouse à travailler qui pouvait être vu comme peu prévenant à l'égard de celle-ci.

Les capacités d’actions et le type d’action de chaque individu vont donc dépendre du système sur lequel il agit. Il va pouvoir faire changer l'environnement, ou s’adapter si le changement est impossible.

  • Il a une grande capacité de changer lui-même tout en acceptant que certaines données de sa personne sont inchangeables
  • Il peut aussi beaucoup agir sur les micro-systèmes « couple » et « famille nucléaire », mais il lui faut s’adapter à son conjoint. Les deux conjoints peuvent agir en complémentarité et adaptation réciproque.
  • Il peut agir plus faiblement sur les méso-systèmes, mais il peut souvent s'en détacher (famille élargie)
  • Il n’a pratiquement pas d’action possible sur le méga-système et devra donc s’adapter.
  • Il ne peut que s’adapter aux méga et giga systèmes.

Comment agir, comment s’adapter? Comment optimiser sa situation de conjoint au sein d'un couple (et toujours en prenant en compte la satisfaction de l'autre, vu en tant que satisfaction personnelle) ? C’est ce que ce que nous allons développer dans la théorie écosystémique du couple