La communication humaine

Le  schéma de Shannon.

C’est un schéma général, qui s'applique d'abord aux systèmes d'information artificiels. Les psychologues ont emprunté ce schéma à Claude Shannon, qui ne l'avait d'ailleurs pas prêté. Il a constamment récusé l'utilisation de ce modèle de science exacte à l'être humain.


Un émetteur émet un signal codé dans un certain code. Il l’envoie vers le récepteur désigné, en circulant sur un canal. Par exemple un être humain émet une parole exprimée dans un certain langage, à destination d’un autre. Le canal peut être direct, s’ils sont l’un à côté de l’autre, ou distant (le téléphone), ou passer par l’écriture et un autre canal de communication (courrier, mel, SMS) .

 schema de Shannon


Le message part sur le canal, mais celui-ci est perturbé par ce qu'on appelle des bruits. Ainsi le message n’arrive pas exactement comme il est parti, il est déformé par des bruits. Il se peut même qu’il n’arrive pas du tout. Lorsqu’il arrive, pour qu’il soit compris, il faut que le récepteur ait le même code que l’émetteur afin de pouvoir décoder le message. Sinon, il va le comprendre différemment. Ajouté aux bruits, ce décalage perturbe la bonne réception du message. C’est pourquoi il est nécessaire que le récepteur envoie un retour indiquant qu’il a bien reçu le message et a pu le décoder. Mais ce retour lui-même peut être sujet aux perturbations de bruit. Il pourra dont être nécessaire d’envoyer un autre retour.


Une illustration de ce mécanisme est la bien connue reformulation - théorisée et développée par  Carl Rogers - qui permet la synchronisation dans un entretien d’aide. L’aidant, celui qui est là pour bien écouter, reformule régulièrement les paroles de celui qu’il écoute. Il le fait en changeant un peu les mots, pour retourner l'expression qu'il entend comme il l'aurait formulée lui-même. Le sujet (celui qui est là pour être aidé) valide alors par de simples mises au point : « oui, oui » ou, « c’est tout à fait ça », ou autre approbation. Ainsi les interlocuteurs sont-ils sûrs ou à peu près de s’être bien compris. Il faut parfois plus qu’un aller-retour pour assurer une communication fluide.

La communication multicanale.

Les ordinateurs utilisent diverses techniques afin d’avoir une communication parfaite ou presque, les humains n’ont pas cette possibilité car leurs systèmes de codages sont complexes et relativement peu précis. Leur communication est perturbée par des bruits divers, par des différences entre codage et décodage, et parce que la communication passe par plusieurs canaux, elle est multicanale. Elle passe par les canaux constituants nos sens.

Visuel,   Auditif,    Olfactif,   Tactile,  Gustatif,

Les canaux tactile et olfactif sont utilisés dans la communication proximale, réservés aux relations intimes, en particulier parentale et, ce qui nous intéresse ici, amoureuse et sexuelle. Ce sont même les canaux privilégiés de la sexualité.

Le canal gustatif est utilisé de manière indirecte, par le partage de la nourriture. Inviter quelqu’un au restaurant, pas exemple sa femme le jour de l’anniversaire de mariage, signifie un message d’attention, dont la signification peut être influencée par le restaurant et le menu choisis.

Les canaux visuel et auditif, pour la communication distale, s’utilisent tout le temps, dans les communications sociales ainsi que dans l’intimité, en particulier dans la relation duelle, celle du couple.

Une attention doit être portée à cette particularité humaine qu’est l’utilisation d’un langage à haut niveau d’abstraction, et permettant de fabriquer du sens à l’infini. La communication langagière passe surtout par le canal auditif, mais pas uniquement. Dans la conversation, on va distinguer trois canaux différents :

  • Le canal verbal pur, constitué du contenu strict du discours, ayant une signification dans la langue parlée par les interlocuteurs. C’est l’énoncé sans tenir compte de la manière dont cet énoncé est formulé, l’énonciation.

  • Le canal para-verbal, constitué des toutes les caractéristiques sonores de l’énonciation : débit, timbre, niveau sonore, coupures et hésitations, accent, tics de langage, etc. On parle de prosodie pour désigner cet ensemble de variations de la parole.

  • Le canal gestuel et mimique (dit aussi non verbal). C’est ce que l’on perçoit par la vision, et qui accompagne le langage : La posture du corps, ses mouvements , la distance que met l’émetteur avec son récepteur, ce  qu’Edward Hall appelle la proxémie, la différence de niveau - debout pour parler à quelqu’un d'assis - et plus encore les mimiques du visage : différents types de sourire, croisement ou non du regard, contraction des muscles, gros yeux, plis sur le front, …

La communication langagière ne se fait pas uniquement en présence des deux interlocuteurs. Elle peut se faire à distance au moyen du téléphone. Dans ce cas, la mimique et la gestuelle sont absentes mais le canal para-verbal existe et est même renforcé. L’absence du canal visuel entraine une concentration plus forte sur les autres. C’est pourquoi la communication par téléphone peut être salutaire pour des amoureux ou des conjoints en conflit. L’effort fait pour reconstituer le canal manquant va donner un autre relief à la communication véhiculée uniquement par la parole . L’absence des canaux visuel et tactile, annule les éventuels effets négatifs de cette communication, notamment la peur, et  peut ainsi faciliter l’échange verbal. Les moyens modernes de télécommunication permettent de faire passer une image, donc de bénéficier d’une partie de la communication non verbale, la mimique essentiellement ; on est ainsi dans un intermédiaire entre la conversation en présence et le téléphone, ce qui peut aussi constituer un avantage.

Le langage passe aussi par l’écriture, donc le canal visuel, ou tactile pour les non-voyants. Celle-ci présente de nombreux avantages, du fait de la possibilité pour l’émetteur de prendre le temps avant d’envoyer son message, et du temps pris par le récepteur pour le décoder. L’augmentation très importante du temps de l’interaction entre les deux protagonistes permet de communiquer à un autre niveau psychique. De même la permanence du message donne un poids beaucoup plus important à ce qu’il contient. « Les paroles volent, les écrits restent » dit un proverbe. Ecrire à son conjoint, même si l’on réside avec lui et qu’on a la possibilité de le voir peut-être le moyen de lui donner le temps de vous comprendre, et de laisser des traces de ce qu’on voulait lui dire. Les messageries électroniques, ou les messages courts (SMS) sont des intermédiaires entre la lettre et la conversation, avec la possibilité de relire le message avant envoi, mais un temps d’interaction court. La faible expérience que l’on a sur l’utilisation de ce type de canal, très récent, est source de beaucoup de malentendus qui peuvent créer des problèmes, en particulier dans les couples.

La communication humaine est donc d’une immense richesse, tant par la diversité des canaux que par la complexité des codages. Dans la relation de couple, toutes les canaux sont ouverts et les possibilités extrêmes. C’est sans doute la communication duelle potentiellement la plus riche. La conséquence est double :

- D’une part elle engendre des sources multiples de dysfonctionnements, que nous étudierons ailleurs, notamment dans le chapitre consacré à la thérapie de couple. La distorsion de la communication peut être sujet de conflits graves et d’intenses souffrances. Cela peut tourner à l’enfer.
- D’autre part elle ouvre sur la possibilité d’approfondissement de la relation et d’enrichissement personnel de ses membres. Le système ultra complexe « couple » offre d’infinies possibilités à ses deux membres, pour autant qu’ils sachent l’utiliser correctement et ne pas tomber dans les pièges d’une communication détériorée. Une bonne communication, entretenue et mise au point en permanence est facteur de bonheur. Cela peut devenir - au moins passagèrement - le paradis.

La communication est permanente

On ne peut pas ne pas communiquer 

C’est le postulat de Paul Watzlawick :  On ne peut pas couper la communication avec quelqu’un que l’on connait, car la rupture de communication est en elle-même signifiante. Si une personne ne répond pas à son conjoint quand il lui parle, cela veut sans doute dire qu’il est fâché. S’il ne décroche pas son téléphone lorsqu’il est en voyage, cela peut vouloir dire qu’il a eu un problème, ou alors qu’il est en compagnie et ne veut pas être dérangé, ou encore qu’il a perdu ou cassé son téléphone. Le conjoint qui sollicite cet appel a le choix de l’interprétation, selon qu’il est lui-même inquiet, jaloux ou insouciant. Il décodera cette absence de message à sa façon, selon son propre caractère et aussi selon ce qu’il sait, ou croit savoir de son partenaire. La conséquence est qu’un problème de communication entre les membres d’un couple ne peut pas se résoudre par interruption. Il ne peut se résoudre que par retour à une communication de bonne qualité. Pour ce faire, on sera amené à chercher un autre niveau de communication permettant de communiquer sur ce qui ne marche pas. On parle de méta-communication. L’appel à un thérapeute de couple participe de cette méthode.

La méta-communication peut aussi servir, lorsque tout va bien, à maintenir et enrichir la relation de couple. Il suffit pour cela que les conjoints prennent le temps de parler sur la manière dont ils communiquent, que ce soit verbalement ou non : tous les sujets peuvent être abordés, y compris celui de la sexualité. Ainsi la communication entre conjoints (et c’est aussi valable pour d’autres groupes humains) s’entretient, comme la forme physique, la santé, la culture, l’élégance,… Entretenir et faire évoluer sa communication est un gage d’agrément et d’évolution.