Les apports de l’écologie.

Ce qui précède est hérité des théories et méthodes systémiques, venues de l’école de Palo Alto. Mais nous avons rajouté, dans notre modèle, le préfixe éco, qui indique la référence à l’environnement. Cela nous amène à utiliser des données de l’écologie.

La causalité circulaire et les cercles vicieux se retrouvent dans l’approche écologique, comme le notait jadis le mathématicien reconverti à l’écologie Pierre Samuel . Nous l’avons développé plus haut et n’y reviendrons pas. Passons à ce qui est plus typiquement écologique.


La variation de l’effet en fonction de l’intensité de la cause.

Les nitrates peuvent être fertilisants ou polluants selon la concentration à laquelle on les utilise. Toute personne ayant manipulé du fumier en est consciente et les écologues l’ont démontré. On ne peut donc pas dire que l’action des nitrates est en soi bonne ou mauvaise, mais que la nocivité ou bénéficité de cette action dépend d’un certain seuil de concentration. Notre vie est remplie de tels phénomènes. Citons certains qui concernent la vie de couple.

L’expression du désir sexuel de son partenaire est valorisante. On se sent désiré(e) et c’est bon. Mais si cette sollicitation est permanente, elle devient lourde, est ressentie comme une exigence et non comme un hommage et finit, au bout du compte par provoquer l’effet contraire : le partenaire trop sollicité se dégoûte et refuse toute relation sexuelle.

Vivre avec un conjoint riche et généreux est bien agréable. Mais le flot d’argent qu’il vous déverse dessus peut devenir oppressant, donner l’impression qu’il vous achète, et faire perdre le goût de choses plus simples de la vie.

Un conjoint cordon bleu régalera les papilles et créera de nombreuses occasions de se faire plaisir ensemble. Mais à force de trop bien manger, le couple peut sombrer dans l’obésité, qui n’est pas un très bon aliment (si l’on peut dire) à l’amour. De même un domicile agréablement meublé avec goût et entretenu avec rigueur est facteur de bien être. Mais s’il ressemble à un musée dans lequel on ne peut se déplacer qu’avec des patins, il perd rapidement son charme.

La jalousie est comme le poivre : une petite dose donne du piquant à la vie amoureuse. Un excès la rend carrément inconsommable.

Ainsi,  pour la plupart des aliments de la bonne santé du couple et du bonheur qu’il provoque chez ses deux membres, l'action bienfaisante est une question de dosage et de moment.

La synergie des causes

Les écologues constatent souvent qu’un phénomène, par exemple la diminution de la forêt, est la conséquence d’un faisceau de causes dont aucune n’aurait été suffisante pour provoquer à elle seule le phénomène. La médecine connait également ces faits. L’obésité est conséquence de plusieurs causes : une certaine hérédité, une alimentation trop riche, un dérèglement hormonal, une absence de mouvements…
Nous allons retrouver ceci très fréquemment dans la problématique du couple. Les difficultés viennent le plus souvent de la synergie de causes multiples. Certaines peuvent être internes, venir de l’un ou l’autre des conjoints, d’un problème de communication entre eux (voir plus haut). D’autres sont d’origines externes : le travail, le manque d’argent, les familles des conjoints,… Et comme nous l’avons déjà noté précédemment, la synergie des causes  donne aussi des résultats positifs, permettant à des couples de trouver le bonheur alors qu’aucune cause majoritaire ne suffirait à les rendre heureux.

Ils habitent une toute petite maison de banlieue. Ils ne se sont pas rencontrés sur un coup de foudre, ils ne sont pas des top modèles, ni des génies, n’ont que de petits revenus sans grand espoir d’évolution. C’est peut-être cette modestie qui les a fait se rencontrer. Mais il est extrêmement bricoleur et a beaucoup de copains qui le sont aussi. Elle a toujours eu du goût et des talents pour la décoration ; avec sa mère, elle fait les brocantes et a le chic pour trouver beau et pas cher. Leur maison délabrée achetée une bouchée de pain est devenue un petit paradis. Convaincus chacun d’avoir rencontré son alter ego, ils n’arrêtent pas de se complimenter, mettant au service du couple leur capacités personnelles. Ainsi ont-ils pu construire un bonheur réel par addition d’éléments et création de cercles vertueux.

L’adaptabilité

C’est une vertu essentielle pour les espèces. Les merveilleux animaux des iles Galapagos en auraient fait les frais si les autorités n’avaient réagi à temps. Lorsque les humains ont importé des porcs et des chèvres, ceux-ci ont bien failli éliminer les iguanes, tortues et autres oiseaux, parce qu’ils avaient une grande capacité d’adaptation à ce milieu, et gagnaient la concurrence avec les espèces locales. Jacinthe d’eau, lapins en Australie, et autres catastrophes écologiques ont montré combien l’adaptation était un formidable atout pour la conquête d’un environnement, d’un biotope.

L’adaptation en matière conjugale se fait sur plusieurs niveaux. Il y a d’abord l’adaptation l’un à l’autre des deux conjoints ; l’attirance initiale facilite cette adaptation mais elle ne la réalise pas toute entière. Il y a ensuite l’adaptation au milieu environnant, local, professionnel, familial, enfin l’adaptation à la société dans laquelle les conjoints vivent, cette adaptation ne signifiant pas uniquement soumission aux règles sociales. Ce sont ces divers niveaux de nécessité d’adaptation qui rendent particulièrement intéressante l’utilisation du modèle écosystémique, puisque celui-ci tient compte des divers écosystèmes dans lequel le couple est immergé. La théorie du couple développée dans cet ouvrage s’appuie sur le concept d’adaptation. Des années de thérapie de couple et d’intérêt porté aux questions conjugales, amoureuses et sexuelles m’ont convaincu que la capacité d’adaptation est la variable la plus importante pour la réussite de la relation conjugale. Les personnes heureuses en couple sont surtout celles qui possèdent cette qualité. a contrario, les échecs sont souvent liés à une rigidité d’attente et à la difficulté de s’adapter.