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Un jour où l’intimité devient plus intense, ils osent le dire, l’ayant pensé en même temps : pourquoi ne pas évoluer vers une relation plus engagée, voire carrément très engagée. Ils s’expriment l’un à l’autre leurs vrais désirs et leurs craintes légitimes. Ne risquent-ils pas de gâcher ce bonheur bien réel pour vouloir en vivre un autre, plus hypothétique ? La vie et leurs réflexions leur ont appris qu’amour et conjugalité ne riment pas forcément ensemble et que la deuxième peut étouffer le premier. Mais ils rêvent aussi de les rassembler : partager sa vie avec l’être aimé. Ils ne veulent pas manquer cette possibilité de construire ensemble une vie commune, conjugale, qui permettra l’épanouissement de leur amour sans risquer de l’étouffer. Ils décident d’allier enthousiasme et vigilance, l’enjeu en valant vraiment la peine.

Ils se donnent un rendez-vous, dans un bon restaurant où il est possible d’avoir une table intime. Il lui fait cadeau d’un bijoux et elle lui offre des livres, pour symboliser leur désir d’engagement l’un avec l’autre. Ils s’expriment leur envie de vivre ensemble, en se donnant six mois pour se préparer à ce qui sera le véritable engagement. D’ici là, chacun s'organise de manière à lever les éventuels obstacles empêchant la vie commune comme ils la souhaitent. Ils mettent aussi à profit ce temps pour exprimer leurs visions de cette vie et faire les éventuelles concessions qui seront nécessaires. Il leur faut donc parler d’eux-mêmes, de leur avenir, éventuellement de leur passé pour autant que ce soit nécessaire à l’avenir. Ils conviennent qu’il n’est pas obligatoire de tout se dire, chacun décidant de ce qu’il souhaite livrer à son futur conjoint. Roland exprime son besoin de solitude, Martine ses rencontres régulières avec un groupe de copines, sans hommes ; ils tombent d’accord pour ne pas consulter le téléphone ni l’ordinateur de l’autre. Ils pourront chacun passer du temps seuls avec leur propres enfants, et peut-être réuniront-ils un jour leurs deux descendances. D’autres points moins importants, comme la manière de tenir sa maison, d’organiser les dépenses sont abordées et mettent au jour des différences sensibles qui nécessitent négociation et mise au point.

Martine : « je voudrais te dire une chose, c’est très traditionnel, mais fondamental pour moi. Je n’ai pas envie de te partager. Moi, je n’aurai personne d’autre. Et toi, peux-tu me promettre qu’il n’y aura pas d’autres femmes?
Roland : « Oui, je m’y engage, même si c’est un renoncement difficile pour moi. Je n’étais pas prêt lorsque nous nous sommes rencontrés, maintenant je le suis. Nous serons donc fidèles dès que notre engagement sera total».

Très émus de cette bouleversante promesse, ils tombent dans les bras l’un de l’autre, s’embrassant à pleine bouche. Surtout, il ne se posent pas l’un à l’autre la question dérangeante : « Et en ce moment, y a-t-il quelqu’un? » . Leur engagement pour le futur est bien suffisant. Mieux vaut ne pas aborder un sujet qui pourrait troubler leur joie et nuire à leur projet.

Il y avait effectivement plusieurs femmes dans la vie de Roland ; des amitiés érotiques, sans plus. Elle lui apparaissent tout à coup sans saveur et il décide d’y mettre fin, sans expliquer pourquoi. Il était de toute façon convenu avec ces quelques compagnes qu’il n’y avait aucun engagement dans la durée. Les adieux sont émouvants avec l’une d’entre elle qui, malgré les mises au point, avait espéré qu’un jour il entrerait vraiment dans sa vie. Ils ont un dernier moment sexuel, par affection plus que par désir, et se souhaitent bonne route pour la suite, en n’excluant pas de se revoir dans quelques temps. Pour Martine, c’est plus difficile, car son amant épisodique est très désemparé par l’annonce de la fin de leurs rares rencontres. Il lui avoue que, s’il n’avait jamais envisagé de quitter son épouse pour mille raisons, il n’a plus avec elle de relations sexuelles. C’est donc la privation totale qui l’attend. Il tente de demander à Martine un sursis de quelques mois, mais elle reste ferme. Pourtant, au moment de se dire adieu, une étrange sensation l’envahit, un fort désir sexuel comme elle n’en avait jamais vraiment eu à son égard. Est-ce pour profiter une dernière fois de la liberté à laquelle elle a décidé de renoncer? Une sorte d’enterrement de vie de jeune fille? Elle ne peut résister à cette pulsion et ils font l’amour avec une force qu’ils n’avaient jamais connue. Elle goûte sans retenue ce plaisir de se sentir pleinement femme, puis lui dit rapidement adieu et part sans se retourner.

Au terme des six mois prévus, tout s’étant bien passé, Roland et Martine organisent une grande fête pour pendre la crémaillère dans leur logement commun. Ils ont déjà annoncé à leurs enfants et certains de leurs amis intimes qu’ils vont se mettre en couple. C’est le jour de cette fête que, solennellement, ils expriment devant tous ces témoins qu’ils se considèrent à partir de maintenant comme un couple et souhaitent qu’on les traite comme tel. Ce moment est pour eux le véritable début de leur engagement commun à vivre ensemble, comme deux conjoints, et d’être fidèles l’un à l’autre. Ce qui s’était passé avant n’a pas d’importance. Peut-être un jour auront-ils envie de s’en ouvrir l’un à l’autre ; peut-être que non. L’avenir le dira.

En écoutant Martine raconter son histoire, sa grande amie Jocelyne, qui faisait partie, bien sûr, de la fête, est prise d’un double sentiment : la joie de voir son amie heureuse et la compréhension des raisons pour laquelle ce bonheur lui a échappé, alors qu’il était à portée de sa main. Pascal et elle n’ont pas eu la même fortune,… ou la même sagesse.