Troisième fin : tragique, douloureuse,… et pas grave.

Il n’a pas répondu immédiatement au message. Le lendemain, il envoie un SMS laconique « si tu veux, on peut se parler ». Son manque d’enthousiasme est clair. Elle comprend qu’il n’y a pas de suite possible entre eux. Ça lui fait mal car elle avait un espoir secret, mais elle veut aller jusqu’au bout. Un face à face serait trop dur, il vaut mieux se parler par téléphone. Elle s’y prépare afin de ne pas souffrir, ou s’effondrer, ou perdre la face. Ils échangent un bref salut au téléphone, puis elle s’exprime calmement, sur le ton le plus neutre possible :

- Tu m’as blessée ; je me suis sentie trompée.
- Trompée de quoi ? je ne t’ai jamais rien promis.
- Je croyais que nous étions ensemble.
- Oui, mais nous n’étions engagés à rien. Qu’est-ce que tu t’es imaginé ? Qu’on allait se marier comme tes parents, et vivre comme des petits bourgeois. Moi, j’ai envie de vivre ma vie. J’étais bien avec toi, c’est tout ; je ne pensais pas à la suite.
- Alors, dans ta vie, il y avait moi, Zora, et peut-être d’autres filles ?
- Non, je t’ai dit la vérité. Lorsque je t’ai connue, je n’avais jamais couché avec elle. Je ne voulais pas le faire, par respect pour toi. Maintenant, c’est fait, on a fait l’amour ; mais elle sait que je ne veux pas vivre la même chose qu’avec toi, m’enfermer dans une relation. Tu as voulu m’étouffer. Je veux être libre. Avec Zora, c’est possible.

Elle aurait envie de hurler, de l’insulter, et aussi de le supplier de ne pas arrêter ainsi ; mais elle se cramponne comme elle s’y est préparée et c’est elle qui va mettre fin à l’entretien.

- Dans ces conditions, nous n’avons plus rien à faire ensemble. Adieu.
- Oui, c’est ça, adieu.

Elle est bouleversée, tiraillée entre le chagrin et la colère, surtout la colère envers elle, d’avoir été aussi c… de croire à ce qu’elle a cru. Elle vient me voir en urgence et déballe tout ce qu’elle a sur le cœur, pleurs, cris de colère, indignation, fureur contre elle-même, comme on vomit après une indigestion. Lorsque le déballage s’épuise et qu’un peu de calme est revenu, nous pouvons parler, réparer, et préparer l’avenir. C’est très important, car il y a un risque de généralisation. Elle pourrait penser que ce qui lui arrive est lié à l’amour lui-même et la constitution du couple, et se refermer pour longtemps. Il est donc essentiel que, par delà sa douleur, elle sache que celle-ci ne vient pas de l’amour en soi, mais de la conjonction de plusieurs facteurs : la différence entre les attentes et l’effet d’aveuglement qu’elle a subi lorsqu’elle a cru rencontrer ce qu’elle attendait. Emma, vous avez été amoureuse de l’amour plutôt que de Kevin. Vous vous êtes laissé fasciner par la belle rose qu’il représente et l’avez cueillie à pleine main,… et vous vous êtes piquée aux épines. Vous saurez donc la prochaine fois comment cueillir la fleur sans vous blesser. Prenez un petit temps de repos et laissez-vous à nouveau séduire par Cupidon lorsqu’il frappera à votre porte ; profitez de ce qu’il vous proposera sans chercher à faire entrer la réalité dans le moule trop étroit de vos représentations.