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Alex  -  Sandra : L’économie du couple

Alexandre et Sandra pourraient être un couple heureux. A 35 ans chacun, après 10 ans de vie de couple, ils sont toujours amoureux. Ils font l’amour avec plaisir comme au premier jour, partagent de nombreux loisirs, ont des valeurs communes et entretiennent avec leurs familles respectives de bons rapports. Ils ont tous les deux un travail qui ne les passionne pas, mais leur rapporte à chacun un salaire à peu près identique. Pourtant, depuis peu, deux problèmes anciens et récurrents viennent polluer leur vie : la répartition des tâches et les questions financières. Présents depuis le début de leur rencontre, ces problèmes étaient passés au second plan, vu qu’ils étaient amoureux et heureux ensemble. Ils s’y étaient habitués en pensant que c’était irrémédiable, qu’il leur faudrait vivre toute leur vie ainsi mais que, pour quelques moments désagréables, ils en vivaient suffisamment de bons pour continuer leur vie commune. Avec le temps, pourtant, les contrariétés domestiques devenaient de plus en plus lourdes et commençaient à entamer la joie amoureuse, et même la sexualité. Deux événements vont accélérer cette lente dégradation, déstabiliser carrément l’équilibre et faire passer au premier plan ce qui ne semblait qu’un aspect secondaire de leur relation. Ces événements sont la naissance de leurs jumeaux et une proposition professionnelle pour Alexandre.

Ils s’étaient mis ensemble par attirance, sexuelle en particulier, pas pour raison économique. Ce qu’ils voulaient, c’était être côte à côte le plus souvent possible pour profiter de la compagnie, partager de bons moments, échanger leurs idées, faire l’amour, pas pour mettre en commun la vaisselle ou le paiement du chauffage. Les considérations matérielles et économiques étaient pour eux parfaitement secondaires, et plutôt considérées comme des corvées. Ils avaient donc décidé de les partager par moitié, ce qui correspondait en outre à leurs aspirations d’égalité entre hommes et femmes. Tous deux avaient vécu dans des familles plutôt traditionnelles avec des pères centrés sur leur travail, gagnant plus d’argent, et des mères se concentrant sur les tâches domestiques et éducatives. Sandra et Alexandre gardaient de bons souvenirs de cette enfance et n’avaient pas eu à souffrir de ces configurations parentales, mais ils ne voulaient à aucun prix faire de même. Dès l’installation commune, ils avaient partagé scrupuleusement ce qu’il fallait faire, ménage, vaisselle, repas, commissions, papiers, factures, voiture, organisation des vacances, etc. Ils pensaient qu’en partageant les corvées, ils en diminueraient la pénibilité. Ce ne fut pas le cas, car ils n’avaient pas tenu compte du fait qu’ils n’avaient pas la même notion de pénibilité, ni de l’utilité, pour les mêmes choses.

La liste des différences est longue. Sandra aime vivre dans un environnement impeccable ; elle ne supporte ni poussière ni dérangement. Elle range et nettoie, ce qui ne lui plait pas forcément ; ce qui lui plait, c’est le résultat. Elle tempête sans arrêt lorsque c’est le tour d’Alexandre de faire le ménage. Ce n’est pas assez bien fait mais elle se force à ne pas le refaire, ce qui la met d’humeur désagréable ; elle trouve en outre qu’il y met un temps fou, beaucoup plus qu’elle pour un résultat moindre et qu’il rouspète en plus. Elle s’énerve de lui voir mettre également du temps pour repasser ses chemises, avec application cette fois. Elle n’aime pas le repassage et a tendance à le bâcler. Lorsque c’est le tour d’Alexandre de faire les courses, il ne manque rien ; il passe, en revenant de son travail, devant des magasins qu’il connaît bien et s’acquitte de sa tâche en un rien de temps. Au contraire, Sandra se perd dans les supermarchés, hésite devant les rayons, choisit des produits sans s’occuper de leur provenance, ce qui déplait fortement à Alexandre. Elle oublie systématiquement quelque chose qu’elle va devoir aller rechercher. Si l’on invite des amis, ils se régalent avec le repas d’Alexandre qu’il a préparé facilement, alors que Sandra réalise laborieusement un repas standard. Lorsqu’ils partent en voyage, Sandra a toujours tout ce qu’il lui faut, Alexandre oublie des affaires qu’il doit racheter ; cela cause des pertes de temps et d’argent qui exaspèrent Sandra. Elle préfère préparer seule les affaires communes.

La question de l’argent est également source de tensions et de plus en plus de conflits. Sandra est très rigoureuse, elle ne dépense qu’après avoir réfléchi, ne faisant que les achats nécessaires ; elle cherche souvent le meilleur prix. Ça ne lui demande pas d’effort et elle n’a pas l’impression de se priver ; chez elle c’est naturel. Au contraire, Alexandre est un peu flambeur ; il ne veut pas s’embêter à faire attention, et dit chaque fois que ça n’a pas d’importance, qu’ils n’ont pas de problème d’argent. Il ne se considère pas comme dépensier ; il ne fait jamais les comptes. Effectivement, ils font quelques économies, mais comme ils ont le même revenu, Sandra considère qu’elle y participe plus que lui. Elle fait souvent des remarques et il l’envoie promener.

Pendant le temps de la grossesse, ces petits conflits et contrariétés ont augmenté, jusqu’à éclater depuis que les deux enfants sont nés. Bien sûr, ils ont décidé comme d’habitude de partager en deux les tâches éducatives assimilées à des corvées domestiques. Mais ça ne marche pas du tout car, là plus qu’ailleurs, ils n’ont ni la même notion de ce qu’il faut faire, ni le même plaisir à le faire. Sandra est très attentive – c’est une mère – au moindre mouvement des enfants, Alexandre est plus décontracté. Il adore jouer avec eux et est fier de les promener, mais changer les couches n’est pas sa tasse de thé ; il a même vomi une fois. Elle est très inquiète, stressée, ce que ses enfants ressentent. Leur appartement est trop petit et il va falloir envisager de changer, ce qui renvoie au problème d’argent. A nouveau elle angoisse, à nouveau il ne s’en fait pas. Ils s’évitent, n’ont presque plus de moments seuls ; leur sexualité décroit à vue d’œil et quand ils font l’amour, c’est plus hygiénique qu’érotique.

La tension monte, le ménage laisse à désirer, les enfants pleurent, les dépenses augmentent. Sandra est de plus en plus énervée, elle crie. Alexandre évite les conflits, rentre plus tard. Les tâches s’accumulent sur elle et elle devient de plus en plus pénible. Il fuit sans comprendre qu’il entretient le cercle vicieux qui s’est mis en route. Le cercle tourne de plus en plus vite et puis, un soir, après le coucher des enfants, elle craque, elle déverse tous ses reproches. Il fait le dos rond en cherchant timidement à se justifier. Elle se met carrément à l’insulter, le traiter de fainéant, de bon à rien. Il sent la colère monter en lui. Elle continue jusqu’à envoyer l’arme de destruction massive pour homme débonnaire : « et puis t’es même plus capable de me faire l’amour – depuis combien de temps on n’a plus baisé ? ». Là, c’est trop fort, ce coup au dessous de la ceinture réveille son agressivité masculine en sommeil, la testostérone envahit son être et, sans réfléchir, il se dresse devant elle de toute sa stature, lève la main à toute vitesse et… crac !

La porte de la salle de bain a reçu de plein fouet ce viril coup de point et s’est fendillée en émettant une vive protestation, et renvoyant à la main fautive une aussi vive douleur. Au dernier moment, un sursaut de lucidité et de contrôle lui a permis de dévier son geste tout en l’amplifiant de colère. Cris d’Alexandre qui s’est fait mal, cri de peur de Sandra, choc émotionnel pour tous les deux et les voilà l’un en face de l’autre, tremblant de tous leurs membres. Ils se regardent et trouvent chacun au fond des yeux de l’autre l’amour qu’ils ont construit et qui vit toujours en eux. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre et pleurent abondamment sans rien dire. Puis elle soigne le blessé, avec tendresse et compétence : juste un bandage, car il y a eu plus de peur que de mal ; la porte postformée – ce matériaux nouveau et bon marché – a amorti le choc. Ils se regardent à nouveau ; toute l’énergie accumulée est encore présente, ils ont de la colère l’un contre l’autre. De la colère, et aussi de l’attirance. Et c’est cette dernière qui prend le dessus. Eros leur rend visite et prend la direction des opérations. Alexandre sent à nouveau cette montée d’énergie, de testostérone, qui met tous ses sens en action, fait palpiter son cœur, écarquiller ses pupilles. Il la prend de sa main valide, doucement et fermement et la conduit près du lit tout proche. Elle perçoit cette vague d’abandon qui envahit tout son corps, ce désir irrépressible de se laisser aller à cet homme qui est en face d’elle et la subjugue. Elle l’aime en cet instant et le désire encore plus. Chacun connaît bien le corps de l’autre et comment en jouer. Ils font l’amour avec violence et passion, comme ils ne l’avaient pas fait depuis longtemps. Toute la frustration accumulée, la colère domptée, s’expriment dans cette puissante étreinte qui leur arrache des cris de délivrance. Puis, le calme retrouvé, ils se regardent à nouveau, cette fois en riant. Ils savent qu’il va falloir prendre du temps pour parler de tout ce qui se passe, mais pour l’instant ils veulent profiter du calme revenu et du plaisir retrouvé. Ils se laissent aller au sommeil, serrés l’un contre l’autre. Eros se repose et laisse à Morphée le soin de les emmener ensemble au pays des songes.

Le lendemain, ils sont tout joyeux pour s’occuper des deux bambins gazouillant au petit déjeuner. Ils les bichonnent avant de les mettre ensemble sur leur tapis de jeu. Puis, ensemble, ils contemplent la porte parcourue d’une longue fracture, victime unique finalement de la soirée explosive, et ils rient tout les deux :

- Tu te rends compte, j’ai failli te frapper. Moi qui exècre la violence physique, encore plus à l’égard de ma femme. Je ne sais pas comment j’ai fait pour taper plutôt dans la porte. J’étais hors de moi, au sens propre.
- Je crois que je t’avais mis à bout. Moi aussi je n’étais plus moi-même, j’avais envie de te faire craquer. On est passé près de la catastrophe, du fait divers stupide.
- Oui, ça aurait vraiment pu tourner au drame, pour nous deux et pour les petits. Maintenant, il faut comprendre ce qui s’est passé.
- Et surtout que nous changions certaines de nos habitudes, et de nos convictions.


Ils ont pris pas mal de temps pour se parler, exprimer l’un à l’autre ce qui les fait souffrir. Ils ont assez vite compris que leur obsession de tout partager de manière équitable n’était pas la meilleure solution ; c’était possible lorsqu’ils disposaient de suffisamment de temps, mais impossible avec les deux enfants. il leur faut impérativement modifier l’économie de leur ménage, et aller vers une répartition des activités plus rentable, qu’il vaudrait mieux s’inspirer de la théorie des avantages comparatifs et de la spécialisation, de l’économiste David Ricardo. Oui, le problème de leur couple n’était ni sentimental, ni sexuel, mais économique ; il ne venait pas de l’un ou de l’autre, mais d’une répartition non rentable des tâches.

Alexandre dit a sa femme qu’il aimait bien faire du repassage : ça le détend, lui permet de rêvasser, ou d’écouter de la musique. Donc, tant qu’il y est, il se propose de repasser les vêtements d'Alexandra. Faire les courses est pour lui une sorte de défi : il connaît parfaitement les magasins où il va, soit les supermarchés, soit les marché forains, et il s’amuse à optimiser le temps qu’il y passe, tout en minimisant les prix. Pour cet amoureux des mathématiques, la recherche de cet optimum est un jeu. Alors, pourquoi ne pas les faire toutes ou presque, sachant que Sandra n’aime pas et n’est pas très performante ?

Sandra explique à son mari que son goût marqué pour le ménage bien fait et l’appartement bien rangé ne constitue pas pour elle un trouble obsessionnel, mais une envie : elle aime vivre dans l’ordonné et le propre. Elle est dérangée lorsqu’il s’est acquitté de sa tâche mais que ce n’est pas impeccable. Après réflexion, elle préfère bien faire le ménage que de vivre dans un ménage imparfait. Et, comme lui pour le repassage, elle est très efficace. Elle assurera donc, à l’avenir, la plupart de ces tâches ménagères, et en particulier l’usage des machines à laver, à nettoyer, ou à faire la cuisine, car elle aime bien ces objets qui lui obéissent et dont elle prend le plus grand soin. Et elle souffre quand elle le voit utiliser l’aspirateur à mauvais escient.

Pour ce qui est des enfants, ils adoptent une répartition plus nuancée, les avantages comparatifs n’étant pas le seul paramètre de l’optimisation. Elle est tout de même plus impliquée dans tout ce qui est du domaine du soin et de la sécurité, lui plus dans le jeu et l’ouverture sur le monde. Mais ils gardent toutefois la possibilité, l’un comme l’autre, de rester seul avec les enfants s’il le faut. Aucun des deux parents n’est donc dépendant de l’autre. Ils aiment aussi être ensemble avec leurs enfants, s’occuper d’eux, les aider à grandir, les sentir heureux de la présence de leurs deux parents.

Ainsi le couple prend-il un nouvel essor. Pourtant un problème subsiste, celui de l’argent. L’appartement est trop petit, il faut changer la voiture. La garde des enfants lorsque les deux parents travaillent coûte cher. Sandra est souvent mal à l’aise lorsqu’il lui faut laisser ses tout petits pour aller faire un travail qui, au fond ne la passionne pas. L’inquiétude recommence à monter. Ils se font des réflexions désagréables sur le moindre achat et les vieux démons reviennent. Une nouvelle crise éclate, comme la précédente, le soir après le coucher des enfants. Lequel des deux a le premier pris conscience du dérapage et de ses risques ? Peu importe. Chacun a en mémoire ce moment où leur vie a failli basculer dans le drame, et ils n'ont aucune envie de recommencer. Ils se calment, se sourient, et vont se faire des confidences, en fait un double aveu.

Alexandre parle de son travail. Il a toujours été passionné d’informatique. Bon élève en mathématiques, il n’a pas toutefois cherché à faire une carrière dans cette discipline tant la fréquentation des ordinateurs le passionne. Lorsqu’il a rencontré Sandra, il se contentait d’un boulot de professeur dans une école privée de formation continue pour consacrer du temps à sa passion pour la programmation. Mais cela fait longtemps qu’il s’y ennuie. Il a bien songé à changer, mais il faudrait être plus mobile et il sait qu’elle ne veut pas quitter son travail de fonctionnaire territorial ; elle a mis beaucoup de temps à être titularisée et ne veut pas perdre cet avantage. Mais Alexandre n’est plus du tout épanoui, il passe du temps à réaliser des logiciels de qualité qu’il n’arrive pas à vendre. Il en est frustré car il trouve qu’il ne gagne pas l’argent que ses compétences pourraient lui faire espérer. Il avoue qu’il en veut à sa femme, sans avoir osé le lui dire, la rendant responsable de sa stagnation professionnelle. C’est pour cela qu’il dépense peut-être un peu trop et prend un certain plaisir à la faire enrager.

Sandra a apprécié que son mari tienne compte de sa carrière et la comprenne dans son désir de sécurité. Jusqu’à la naissance des enfants, elle vivait bien cette répartition égalitaire du financement du couple. Mais depuis leur arrivée, les choses ont quelque peu changé. Elle est toujours intéressée par son métier, mais elle commence à en avoir fait le tour. Elle peut, bien sûr, passer des concours pour une promotion interne, mais elle sait la galère que cela représente – beaucoup de travail, peu de postes pour le nombre de candidats. Et puis il y a ces deux adorables bambins, dont elle voudrait pouvoir s’occuper plus. L’idée de prendre un temps partiel a caressé son esprit, et ses collègues s’étonnent qu’elle n'en ait pas encore fait la demande. Mais il n’en est pas question, la baisse financière serait trop importante malgré la diminution des frais de garde, et elle ne voudrait pas être responsable d’une nouvelle baisse financière.

Ils se rendent compte dans cet échange que, une nouvelle fois, ils n’ont pas osé dire à l’autre que quelque chose les dérangeait dans leur organisation.

Sandra est soulagée, regarde Alexandre, et sent bien, à son comportement gêné, qu’il y a quelque chose qu’il n’arrive pas à lui dire. Elle le pousse dans ses retranchements et il finit par exprimer ce qu’il a derrière la tête. Très récemment, un des ses amis informaticiens, qui travaille dans une très grosse entreprise, lui a fait part d’une campagne de recrutement et l’a poussé à candidater, appuyant personnellement sa candidature. Alexandre a fait cette démarche à l’insu de sa femme. Il a été retenu au premier passage ; il peut donc poursuivre la démarche, mais le poste à pourvoir est dans une autre ville et il faut, dès maintenant, s’engager sur le principe, ce qui conduira à déménager. Le salaire d’embauche est pratiquement le double de son salaire actuel.

Les voilà donc devant un choix délicat. Faut-il changer ce qu’ils ont toujours considéré comme une évidence – l’égalité entre les carrières ainsi que la contribution financière – pour résoudre un double problème pécuniaire et familial. La nuit va leur porter conseil et une étreinte amoureuse confirmer leur désir de continuer la vie commune. Au matin, réveillée avant ses enfants et son mari, Sandra tourne le problème dans sa tête et arrive à une conclusion évidente : c’est à elle de prendre l’initiative du changement. Jamais il n’osera faire pression sur elle pour qu’elle change de travail et de ville. Elle réveille son compagnon qui ronronne doucement et lui exprime sans détour sa décision :

- Alex, tu vas aller à cet entretien et tout faire pour être pris. Moi, je demanderai ma mutation. Je n’aurai sûrement pas un poste aussi intéressant qu’ici mais peu importe, puisque je vais me mettre à temps partiel ; j’ai envie de m’occuper plus des enfants.

Tout se passera comme ils l’ont souhaité et un an plus tard, les voilà dans une nouvelle ville, avec deux nouveaux emplois, et nettement plus d’argent. Alex travaille beaucoup, est épanoui, et rentre le soir chez lui retrouver femme et enfants. Il passe beaucoup de temps à jouer avec les petits avant de retrouver sa femme détendue pour une soirée en tête à tête, à discuter ou plus si l’envie leur en vient. Ils sont contents de cette vie et des décisions qu’ils ont prises pour y arriver. Pourtant quelque chose les chagrine : ils ont l’impression de vivre de façon très traditionnelle, proche du mode de vie de leurs parents respectifs, alors qu’ils le rejetaient catégoriquement. Ils craignent de s’être fait récupérés par ce modèle et d’avoir cédé à la pression normalisante de la société, contre laquelle ils avaient lutté de toutes leurs forces. Ont-ils renoncé à leur combat ? N’ont-ils été qu’un jouet des influences sociales auxquelles ils ont été soumis ? Ont-ils été manipulés par leurs inconscients ? Ont-ils reproduit les modèles parentaux dans lesquels ils ont baigné étant petits ?

Bien sûr que non ! ils ont été libres et ont fait un choix. On pourrait se poser longtemps la question de la réalité de leur liberté ; laissons là ce débat philosophique. Ils ont été évidemment influencés par le modèle parental et la société qui l’environnait. Celui-ci allait dans le sens d’une répartition des tâches selon le sexe. Ils ont été aussi influencés par un autre modèle, plus moderne mais pas forcément meilleur, de l’égalité stricte des tâches. Au départ, ils ont choisi le deuxième parce qu’il leur plaisait, et qu’ils éprouvaient le besoin de se distinguer des anciens. Ensuite, ils se sont tournés vers le premier (tout de même, dans une version intermédiaire) parce qu’il leur permettait de résoudre divers problèmes et de continuer une vie de couple qui leur convenait mais était en danger. Influencés fortement, comme tout le monde par les représentations sociales (...), ils ont arbitré entre deux d'entre elles en prenant la meilleure pour eux au moment présent. Ils ont donc fait un véritable choix, et ils l’ont fait à deux.

Qu’en sera-t-il dans l’avenir ? Peut-être auront-ils de nouvelles crises et peut-être changeront-ils encore leur modèle. Souhaitons leur de ne pas avoir à frôler la violence destructrice pour y arriver.