Céline et Guillaume : Nouvelle union et beaux-enfants.

A 28 ans, Céline a déjà pas mal vécu ; elle a eu plusieurs relations amoureuses mais aucune ne lui a donné envie de se fixer. Elle exerce le métier de psychomotricienne et se plait dans sa vie de célibataire, sauf qu’elle commence à sentir en elle un désir qui germe ; ce n’est pas vraiment celui de se mettre en couple, mais plutôt d’avoir un enfant. Elle rencontre Christophe, un peu plus jeune qu’elle. Il lui plait et elle fait ce qu’il faut pour lui plaire. Il n’a pas particulièrement envie de fonder une famille mais lorsqu’il apprend que Céline est enceinte, il n’a pas de réaction négative. Elle lui dit qu’elle veut le garder et il l’accepte : il reconnaîtra cet enfant. Il est d’ailleurs tout heureux lorsqu’il tient dans ces bras la petite Eva. Mais tout change avec cette venue. Céline est très proche, fusionnelle avec sa fille ; frustré, Christophe fait la tête ; il a du mal à s’attacher à cette petite fille et l’éloignement de sa compagne le met mal à l’aise. Il est désagréable, ce qui éloigne encore plus Céline. Elle n’a plus pour lui l’attirance qu’elle avait au début. Ils se disputent, ne font plus l’amour, et la vie devient vite insupportable. Aussi Céline décide-t-elle de quitter Christophe, en emmenant sa fille. Christophe proteste mais comprend vite qu’il ne peut pas faire grand-chose. Aucun tribunal ne lui permettra de garder un bébé de quatre mois. Et comme Céline n’est plus du tout aimable, il est finalement bien débarrassé de la voir partir.

Quatre ans plus tard, Céline, à 32 ans, vit toujours seule avec sa fille. Son métier de psychomotricienne lui permet de vivre correctement, d’autant que Christophe verse régulièrement une pension alimentaire, modeste vu ses revenus. Il voit sa fille de temps en temps car il habite maintenant loin. Le statut de femme-seule-avec-enfant, que Céline vivait comme une véritable liberté (pas d’homme à supporter), commence à lui peser sérieusement. Elle se rend disponible pour une éventuelle rencontre.

Guillaume a 45 ans et est cadre dans une entreprise. Il vit avec ses deux ados de 14 et 17 ans, séparé de leur mère. La séparation s’est plutôt bien passée. Au début, les enfants ont vécu en alternance chez leurs deux parents, mais la maman est tombée en dépression, suite à des ennuis professionnels. D’un commun accord, ils ont décidé que les garçons viendraient vivre principalement chez leur père dans sa jolie maison de banlieue. Il a un bon salaire par rapport à celui de la mère ; celle-ci, après une période difficile de chômage, a dû déménager. Elle continue à voir ses enfants régulièrement ; Guillaume et elle s’arrangent pour que tout se passe au mieux. Mais Guillaume n’a pas l’âme de célibataire et se met rapidement en recherche d’une compagne.

Lorsque Céline et lui se rencontrent, c’est le déclic. C’est la femme qu’il lui faut, c’est l’homme qu’elle attend ; il sont fous de joie. Leur relation intime est au niveau du sentiment, c’est super. Leur relation se noue à toute vitesse, ils en parlent à tout le monde, et surtout à leurs enfants. Ils sont très précis avec ces derniers : papa a une nouvelle copine, maman a un nouveau copain. La petite Eva ne comprend pas bien ce que cela veut dire. Les garçons de Guillaume sont contents à l’idée que leur père ait une nouvelle compagne, car ils le voient tout heureux, ce qui se ressent sur son attitude à leur égard. Ils l’ont vue et la trouvent plutôt sympathique. Lorsqu’il leur annonce qu’elle va venir avec sa fille vivre chez eux, ils sont plus réservés. Ils ont goûté à la liberté que leur laisse l’occupation de leur père et ils ne sont pas pressés de partager leur environnement. Mais ils ne disent rien, et de toute façon Guillaume ne leur demande pas leur avis.

L’installation se fait sans plus attendre et en fanfare. On se pousse un peu pour faire de la place aux nouveaux venus et tout le monde y met du sien. Les deux nouveaux conjoints sont aux anges avec leur nouvelle famille, conforme à la norme française idéale : papa, maman, trois enfants (des deux sexes) une maison ; il ne manque plus que le chien, mais ça ne saurait tarder. Cette idylle ne va, hélas pas durer et tourner au cauchemar. Les nouveaux amoureux et amants s’entendent à merveille, mais cela ne suffit pas à ce que se compose une nouvelle famille sur le modèle habituel : maman, papa, les enfants.

La demeure habitée par trois garçons (eh oui, Guillaume en est un aussi) ressemble à ce que l’on peut imaginer : elle est belle et accueillante, mais le rangement et la propreté ne sont pas ses qualités premières. Guillaume est plus exigeant pour les notes au lycée que pour la propreté des chaussettes et le rangement des chambres. Dans son petit appartement, Céline avait su organiser au mieux l’espace. Elle est très ordonnée et organisée. Elle va mettre sa compétence au service de la nouvelle maisonnée. Au tout début, les hommes apprécient. Une présence féminine – deux même – civilise leur tanière de célibataire, qui se met à sentir bon. Oui, mais il y a des contreparties et les trois ne vont pas les vivre de la même façon. Le père accepte les contraintes qu’impose le fait de vivre avec une jeune femme organisée ; il est très heureux avec elle et n’a pas de difficulté à modifier certaines de ses habitudes, au contraire. Mais pour les fils, ce n’est pas la même chose. Eux n’ont pas les avantages, ni la souplesse d’esprit que confère l’expérience. Ils ne sont pas prêts à accepter la contrepartie et les exigences de la nouvelle venue. Très vite Céline veut imposer son autorité de nouvelle maîtresse de maison. Les garçons ne l’acceptent pas, d’autant moins que leur mère n’est pas du tout autoritaire. Céline les trouve mal élevés quant à la manière de s’occuper de leur environnement – elle n’a peut-être pas tort. Les ados se rebiffent, et le font savoir avec des manières d’ados, ce qui exaspère Céline. Elle en fait part à Guillaume, qui minimise la mauvaise volonté de ses fils, avec le classique argument « c’est des ados », qui ne satisfait pas sa compagne. De par son métier, elle voit des enfants de tout âge et n’est jamais confrontée à un manque de respect. Mais les fils de son compagnon ne sont pas des patients et de plus ils sont chez eux. Le ton monte entre les deux adultes et leur première dispute éclate. L’attirance tant physique que sentimentale qu’ils ont l’un pour l’autre leur permettra de se retrouver rapidement.

Mais rien n’est résolu et les deux ados, très soudés pour la circonstance – alors qu’ils se chamaillent souvent – vont continuer à faire tourner en bourrique leur « belle-mère », ceci d’autant plus facilement qu’elle n’a que 15 ans de plus que l’ainé, ce qui ne renforce pas son autorité. Guillaume évite le plus possible de se mêler à ces conflits, cherchant à ménager la chèvre et les choux, ce qui n’est pas la bonne méthode. La tension monte. Un événement va la faire monter encore plus. L’ex de Guillaume téléphone pour demander un changement de planning, car elle est empêchée un week end où ses fils devaient venir. Guillaume pose la question aux garçons qui sont tout à fait d’accord. Il accepte donc, selon le principe d’arrangement réciproque qui a régné entre eux. Mais il prend la décision sans en parler à son actuelle compagne. Celle-ci entre dans une colère noire. Voici à peu près leur échange, elle dans le rôle du procureur, lui de l’accusé qui se défend d’autant plus mal qu’il ne se sent pas coupable.

- Alors, je ne compte pas. Tu prends des décisions concernant les enfants sans m’en parler.
- Guillaume : on n’avait rien prévu avec eux. C’est pas grave ; j’ai pas pensé que c’était important pour toi.
- Tu décides avec elle, pour l’arranger, et moi je passe après. Faudrait savoir si on est en couple ou si tu es toujours avec elle. Pourquoi c’est moi qui dois m’adapter ?
- Je m’entends avec elle pour avoir la paix ; elle m’arrange aussi quand elle peut. Mais entre elle et moi, c’est fini depuis longtemps. Maintenant, c’est toi ma femme.
- Tu parles ! Tu ne me consultes même pas pour les weekend.

Puis ça dégénère sur l’éducation des enfants, à qui leur père passe tout, et leur mère, n’en parlons pas. Il tente de s’expliquer, mal, cherchant plutôt des excuses, sans arriver à s’affirmer. Puis il perd patience et passe à l’opposé. De soumis, il devient agressif et finit par sortir la phrase qui fait mal :

- D’abord, c’est pas tes enfants, et tu ne sais pas ce que c’est que d’avoir des ados.

Ce qui met fin à la conversation et entame une phase de bouderie réciproque qui mettra plus de temps que la précédente pour se finir. Mais l’amour est encore là, le désir aussi, qui permettra les retrouvailles, pour un temps.

Une autre actrice du drame intervient également, la petite Eva, fille de Céline. Elle aussi a apprécié le changement du début, avec cette grande maison et les deux grands garçons qui jouaient avec elle. Mais lorsqu’ils lui ont imposé des règles, par exemple en la mettant dehors de leur chambre avec rudesse, elle s‘est mise a pleurer et est allée se réfugier dans les bras de sa mère. Celle-ci, ulcérée, s’en est prise aux ados et une nouvelle source de conflit s’est allumée. Sollicité pour mettre de l’ordre, Guillaume a expliqué fermement à ses fils qu’ils devaient être plus gentils avec la petite. Il a joué un rôle protecteur vis-à-vis d’elle, un rôle paternel qui a beaucoup plu à Céline. Mais il a voulu aussi jouer ce rôle paternel en grondant Eva lorsqu’elle faisait de petits caprices. Habitué à vivre avec deux grands garçons, il n’y est pas allé avec beaucoup de finesse, ce qui a fait immédiatement réagir Céline qui, en mère louve, s’est mise à défendre bec et ongle son enfant. Comme il insistait pour exprimer qu’Eva avait besoin d’être plus cadrée et d’apprendre la frustration, une nouvelle dispute a éclaté, sur le même mode que la précédente mais avec les rôles inversés.

- Tu ne te rends pas compte. C’est une toute petite fille ; elle est fragile.
- N’empêche qu’elle est mal élevée. Tu lui passes tout.
- C’est pas ta fille ; tu vas pas m’apprendre comment il faut l’élever. T’as qu’à voir tes gamins ?

Là, le point critique était dépassé. Bien que très amoureux, les deux adultes réagissaient avec leurs instincts primaires : défendre leur progéniture. Le lien parental est plus profond, plus instinctuel que le lien amoureux. La rupture est consommée. Le désir se retire, ils n’ont même plus envie de faire l’amour et cet amour va se déliter. La suite est facile à deviner. Pas forcément, nous allons au contraire proposer trois scénarios pour l’issue de cette histoire.

Issue fatale

C’en est trop. Les disputes se généralisent. Tout le monde est à cran et les clans se forment. D’un côté les hommes, de l’autre les femmes. Un retour en arrière n’est plus possible ; plus personne n’y croit. Les enfants n’ont qu’une envie : se retrouver comme avant avec leur parent respectif. Mais il faut que Céline et Eva retrouvent un logement et la situation va durer encore un moment. Curieusement, pendant cette période, la tension baisse. On s’évite et on cherche le plus possible à se partager l’espace, en particulier les weekend. Enfin un nouvel appartement est trouvé. Guillaume participe au déménagement, sans plaisir, pour aider cette compagne qu’il ne rejette pas. Elle plie ses affaires et quitte avec une grande tristesse ce lieu qu’elle avait vu comme le paradis. Leur dernier échange est émouvant. Ils se souhaitent bonne route et partent chacun de leur côté, conscients qu’il y a toujours de l’amour entre eux, mais persuadés que cet amour est impossible à vivre. On peut faire un pronostic triste de leur avenir à chacun. Echaudés par l’expérience, ils risquent de mettre beaucoup de temps avant d’essayer de retrouver un compagnon ou une compagne.

Redressement

Remontons un peu en arrière, juste au moment où le constat d’échec est fait. Céline et Guillaume sont tous les deux conscients que la vie ne peut plus continuer comme ça, mais ils ont un réel amour et ne veulent pas le perdre. Alors, ils se débrouillent pour que leurs enfants soient le même week-end chez leurs parents respectifs pour faire le point entre eux. Ils commencent ce temps à deux par faire l’amour et passer un bon moment ensemble. Puis ils se mettent à discuter et décident de tout faire pour passer cette crise et trouver un état d’équilibre leur permettant de vivre à la fois leur relation amoureuse et leur vie parentale. Ils vont chercher de l’aide vers un thérapeute de couple.

Ils vont alors faire un long et passionnant chemin à deux. Il vont renoncer à être une famille « comme les autres » avec papa, maman, deux garçons et une fille. Il n’ont pas « recomposé » une famille comme on fabrique du surimi. Ils comprennent que leurs enfants n’avaient pas choisi cette situation et n’avaient a priori pas de raison de la souhaiter. Le fait que leurs parents s’aiment et couchent ensemble ne fait pas d’eux des frères et sœurs. Céline et Guillaume acceptent, chacun, le passé de l’autre et, surtout, ce que ce passé veux dire pour leur présent et leur avenir. Ils ont tous les deux des enfants, mais ce ne sont pas leurs enfants communs ; l’une a un père, les deux autres une mère. Cela ne changera pas.

Guillaume et Céline prennent le temps de s’adapter à cette situation. Ils consacrent aussi des moments pour parler à leurs enfants, les écouter, et les accompagner afin qu’ils vivent bien cette nouvelle situation. Chacun se conduit avec les enfants de l’autre comme un adulte bienveillant, mais non un parent. Les enfants comprennent qu’ils doivent s’adapter à cette nouvelle manière de vivre, dont ils peuvent tirer un grand avantage. Ainsi cette petite maisonnée peut évoluer pour être suffisamment agréable et permettre à chacun de s’y retrouver. Guillaume et Céline partagent la vie commune et se retrouvent de temps en temps seuls, leurs enfants chez leurs autres parents, ou chez les grands-parents. Ils peuvent, dans ces rares moments, vivre comme de jeunes amoureux qui n’ont à penser qu’à leur amour.

Prévention

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