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Lorsqu’ils se revoient, ils n’abordent pas la question tout de suite, prennent le temps de se retrouver et de profiter de tout ce qu’ils ont en commun. Puis il revient à la charge :
- Tu sais, pour moi, la vérité c’est essentiel. Si tu me mens, je n’aurai plus confiance et je ne peux pas vivre avec quelqu’un en qui je n’ai plus confiance.
 - Moi aussi, j’ai besoin de vérité. Avec Fred, nous sommes restés amants trois mois, et puis je lui ai dit que je préférais rester simplement amis, il a accepté.
- Parce que lui, il aurait bien voulu continuer.
- Oui, sans doute, mais il n’en a jamais reparlé.
- Ca ne te gêne pas de rester ami avec un de tes ex.
Ce n’est pas un ex, comme tu dis, c’est un ami qui m’est cher. Pour moi, le fait que nous ayons été amants un temps n’a pas d’importance. D’ailleurs, j’aurais mieux fait de ne pas t’en parler.
- Ah bon ! Tu penses qu’il vaut mieux me cacher qu’il y a un de tes ex, que tu vois encore, et qui veut coucher avec toi ? Qu’est-ce que ça veut dire pour toi, la vérité, la sincérité ? (il est sec, tendu)
- Maintenant, je suis avec toi, c’est avec toi que je veux construire ma vie. Fred est tout simplement un ami, je te l’ai dit, ne reviens pas dessus.

Cette fois, c’est elle qui met fin à la conversation et qui s’éloigne, en colère. Il se rapproche, à nouveau calme. La réconciliation est rapide ; ce serait dommage de se brouiller pour si peu, alors qu’ils ont un bel avenir à vivre ensemble. Ils se retrouvent donc chez Pascal, pour vivre un moment tendre. Malheureusement, un signal retentit sur le téléphone portable de Jocelyne. Elle regarde machinalement puis remet l’appareil dans sa poche ; elle dissimule mal sa gêne.
- Tu peux répondre, si tu veux, dit Pascal d’un air détaché.
- C’est sans importance ; le boulot.

Puis elle reprend la conversation, mais son attitude n’est pas convaincante, surtout quand elle s’éclipse peu après pour aller aux toilettes. Elle a manifestement quelque chose à « cacher ». Lorsqu’elle revient, elle voit Pascal abattu, différent de l’homme sûr de lui qu’il est d’habitude ; il ne manifeste aucune colère.
- Pourquoi me mens-tu ? A quoi ça sert ? Tu sais bien que tu peux tout me dire. Je peux tout accepter mais je veux savoir la vérité. C’est une valeur fondamentale pour moi. Et moi, je n’ai rien à te cacher.
- Oui, dit Jocelyne, c’était Fred, il voulait simplement me demander quand je viens à Paris, pour que nous déjeunions ensemble.
- Parce que tu as l’intention de continuer à le voir.
- Oui, bien sûr, en amis.
- En amis, avec un type qui a encore envie de te sauter ?
- Mais moi, je n’ai pas envie. Et qu'est-ce qui te fait dire que je veux te cacher quelque chose ?
- C’est que tu es gênée quand il t’envoie un message. La semaine dernière, quand ta copine Martine t’a envoyé un message, nous étions ensemble et tu m’as dit simplement « c’est Martine ». Alors pourquoi cette fois, tu n’as pas dit « c’est Fred » ?
- Parce que j’avais peur que tu ne comprennes pas et que ça te fasse mal.
- Ce qui me fait mal, c’est que tu me mentes. Qui est ce type pour toi ? Si tu es claire, tu n’as pas de raison de me le cacher.
Il sort son téléphone de sa poche et le lui tend :
- Tu peux le consulter si tu veux. Je n’ai rien à te cacher, moi.

De guerre lasse, elle sort son appareil et le lui donne. Il l’allume tranquillement et lit le message de Fred, très banal, mais qui se termine par « bises ma chérie ». Pascal reste très calme en regardant Jocelyne dans les yeux :
- Ton prétendu vieux copain t’appelle sa chérie !
- Mais c’est une façon de plaisanter, tu ne peux pas comprendre.
- Oh, si, je comprends trop bien. C’est d’ailleurs pour cela que tu me mens, ou essaies de me mentir. La vérité est que ce n’est pas terminé avec lui. Tu le gardes en réserve. Et lui, il n’attend qu’une chose : que ça casse entre nous pour te récupérer. Il fera tout pour, c’est pour ça qu’il t’envoie ces messages. Vous échangez souvent des mots doux ?
- Ce n’est pas des mots doux. Oui, on s’envoie de temps en temps des messages.
- Vous vous êtes revus depuis qu’on se connaît ?
- … (elle est très gênée)
- Dis-moi la vérité !
- Oui, on a déjeuné ensemble. Il passait pour affaires près de chez moi.
- Déjeuné ou couché ?
- Déjeuné et discuté. Je te l’ai dit, nous n’avons plus eu de rapport depuis très longtemps. Pourquoi tu ne me crois pas ?
- Parce que tu me mens tout le temps. Comment veux-tu que j’ai confiance.
- Si ! Je te dis tout, mais j’ai aussi besoin d’un jardin secret.
- C’est ça, un jardin secret, pour y rencontrer ton autre amant, ou tes autres amants peut-être. Je suis un parmi d’autres. Pour moi, c’est impossible, j’ai besoin de sincérité, de pureté. Je ne nage pas en eaux troubles.

Elle se met à pleurer. Il la toise d’un regard froid, puis se dirige vers la porte et l’ouvre en grand.
- Il n’est pas possible de continuer comme ça. Je ne te retiens pas.

Elle part en séchant ses larmes, erre dans les rues avant de s’arrêter dans un café et de téléphoner à Fred. Il l’écoute, la réconforte et la conseille :
- Ne t’inquiète pas, il est un peu jaloux, mais ça va lui passer. Attends un moment et recontacte le.
- Et toi ? je veux dire toi et moi ?
- C’est toujours pareil. Je tiens à toi, je veux te garder comme amie, mais je veux surtout ton bonheur. Il semble bien que ce bonheur, c’est avec Pascal.
- Merci, je vois que je peux compter sur toi.
- A bientôt, « ma chérie ». Je t’embrasse.