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Pascal est seul, ne veut voir personne, rumine ce qui vient de se passer, et souffre. Il est écartelé entre l’amour réel qu’il a pour Jocelyne et cette suspicion qu’il entretient vis-à-vis d’elle, ce besoin obsessionnel de limpidité, de transparence. S’il réfléchit un peu, il se rend compte qu’il n’y a rien de grave, que la relation qu’elle entretient avec Fred n’est pas dangereuse pour lui. Il essaye de se raisonner mais la pensée qu’elle puisse lui mentir, le tromper, lui est insupportable. Elle a, c’est sûr, des choses à cacher, elle n’est pas claire. Ce n’est pas possible de continuer avec elle. Mais il se sent seul et pense à ce corps féminin qui, il y a peu, se laissait aller dans ses bras, à ce sourire amoureux, à l’agréable compagnie qui le stimule dans ses projets. Aujourd’hui, il n’arrive pas à faire quoi que ce soit. Il ne se rend pas à un rendez-vous pourtant important pour sa galerie, traîne pour l'écriture d'un courrier nécessaire à l'organisation d'un évènement artistique.

Lorsqu’il entend la voix de Jocelyne au téléphone, il ressent un agréable apaisement. Il répond aussitôt, comprenant qu’il a trop envie de la revoir. Il suffit de quelques échanges pour que tout reprenne. Elle saute dans sa voiture et se précipite  chez lui, tombe dans ses bras, sous son charme, et les retrouvailles se terminent au lit. Le weekend suivant est merveilleux, du moins au début. Elle lui redit "tu es l'homme de ma fin de vie" . Il l'appelle " ma muse" et veut l'associer à la grande manifestation artistique qu'il prépare.
- Je viens pour cela en ville mercredi. Je dors chez toi ?
- Oh non ! C'est bête, je suis en formation.
- Tu ne dors pas chez toi ?
- C'est loin et sur deux jours.
- Où ?
- A Paris.

Tout d'un coup, l'atmosphère change, le charme est rompu, les vieux démons reviennent au galop. Pascal ressent comme un coup de poignard ce qu'il considère comme une nouvelle cachoterie. Jocelyne se mord les lèvres.
- Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ?
- Je ne sais pas, ce n'était pas important.
- Tu vas en profiter pour voir ton mec ?
- Non ce n'est pas sûr, je n'aurai pas forcément le temps.
- Si tu l'as, tu iras le voir ?
- Je ne sais pas. Ce n'est pas sûr.
- Comment ? Tu sais bien si tu as envie de le voir ou non ?
- Un peu, si je ne suis pas fatiguée. C'est lui qui insiste.
- Bien sûr ! Il te manipule. Il essaye de te récupérer. Ce type est nuisible pour toi. Il faut t'en débarrasser. Moi, je ne peux pas accepter ta double vie.

Il s’ensuit, à nouveau, un long et douloureux affrontement. Elle essaye de s’expliquer, mais se défend mal, et il trouve toujours la faille, la poussant dans ses retranchements. Il n’a qu’un seul but : obtenir qu’elle coupe tout lien avec Fred, et qu’elle le fasse sèchement. Aussi exige-t-il qu’elle écrive, sur le champ, un mel de rupture définitive. Ce qu’elle fait, la mort dans l’âme, et sachant bien, au fond d’elle, qu’elle se débrouillera pour reprendre contact avec Fred, et lui parler, en cachette et entre amis, sachant qu’il comprendra.

Malgré cette victoire apparente, Pascal reste méfiant.  Il continue ses questionnements permanents, suspectant toute attitude un peu floue de Jocelyne. Elle jure sa sincérité tout en trichant légèrement, ce qu’elle ne considère pas comme grave. Leur relation s’emballe dans un cercle infernal, qui engendre des scènes terribles et douloureuses, puis des retrouvailles car ils éprouvent effectivement l’un pour l’autre un amour véritable. Mais les scènes sont de plus en plus dures, et les retrouvailles de moins en moins réparatrices. Pascal souffre atrocement de cette impression de duplicité qu’il détecte sans arrêt chez sa compagne. Jocelyne perd toute spontanéité, écartelée en permanence entre le désir de ne pas gêner Pascal, et celui de garder un minimum de liberté, de ce qu’elle appelle son jardin secret.

Puis, un jour, une explosion plus violente les laisse tellement démolis qu’ils ne chercheront plus à se revoir. Pascal s’enfermera dans son splendide isolement, seul donc non contrarié, mais malheureux. Jocelyne tentera de panser sa blessure affective. C’est en écoutant le récit de Martine, son amie de longue date, qu’elle comprendra ce qui s’est passé et a rendu impossible une relation avec Pascal, pourtant fondée sur un amour et une attirance bien réels.

Essayons de comprendre l’histoire de Pascal et Jocelyne, lisant la suite. Celle de Martine et Rolland  en est, en quelque sorte, l’opposée.