L'apport des diverses disciplines

Biologie

La réalité biologique de l’espèce humaine   

L’espèce humaine est sexuée, mammifère. Cela signifie que les rôles du mâle et de la femelle sont très différents, le rapport avec la progéniture, au sens biologique, n’est donc pas le même. Le mâle a une capacité théorique de descendance immense - bien supérieure à celle de la femelle ; mais pour concrétiser cette capacité, il lui faut le concours de femelles. Il est donc, en définitive, très dépendant de l'autre sexe pour assurer sa descendance. Pour se « reproduire » l’homme a donc intérêt à multiplier ses partenaires, la femme a en avoir un (au moins) solide.

En outre, en cas de conditions difficiles, la survie d’un groupe implique une différenciation de la prise de risque : il vaut mieux que les femmes soient protégées et les hommes exposés. Ceci n’est plus vrai dans la vie moderne, mais reste quelque part en nous.

Dans le règne animal, de nombreuses configurations de rapport entre les sexes existent pour arriver à se reproduire. La formule « couple et famille » telle que nous la voyons chez nous est rare. On la trouve surtout chez les oiseaux pêcheurs et chasseurs, qui sont des espèces ayant de grands territoires et peu exposés aux dangers des prédateurs. On ne la retrouve pas chez les mammifères.

Chez les grands singes eux-mêmes, il y a beaucoup de diversités

  • Les gibbons vivent en famille monogame, les mâles étant très agressifs envers leurs congénères et pratiquant l’infanticide et le vol des femelles : un mâle peut en tuer un autre et s'approprier sa femelle ; il tue aussi les petits, rendant leur mère à nouveau disponible pour engendrer ses propres enfants.  La monogamie n’est donc pas pérenne toute la vie durant.

  • Les Gorilles et les Chimpanzés vivent plutôt en harems, ou bandes dominés par un mâle qui féconde toutes les femelles (y compris éventuellement ses filles).

  • Les Bonobos vivent en liberté sexuelle, centrée sur les femelles, sans reconnaissance de la paternité. Ils s’occupent des petits en groupe.

Les humains et les bonobos ont une activité sexuelle nettement plus fréquente que les autres. Ce sont les seuls animaux à avoir des rapports sexuels en dehors de l’œstrus. Les bonobos utilisent leur sexualité comme source de plaisir volontaire, et comme élément fondamental de leur vie sociale, en particulier pour la régulation des conflits.

Les humains ont une capacité créatrice (nombre possible de petits  par femelle) adaptée à des conditions difficiles de savane avec prédateurs, nettement supérieure à la nécessité de la vie moderne. Par ailleurs, le petit humain nait sans être fini et nécessite à sa naissance des soins rapprochés de la part des adultes et particulièrement de sa mère. Le grand savant et philosophe belge, Christian De Duve, prix Nobel de médecine, donne une explication à cette natalité précoce : la grosseur du cerveau. Celui-ci se développe dans la limite du possible, c’est-à-dire l’extension du canal vaginal de sa mère. Ainsi l’évolution a trouvé deux solutions pour aller le plus loin possible de cette limite : faire naître l’enfant avant qu’il n’ait une tête trop grosse et écarter au maximum le canal par lequel il doit passer, provoquant ainsi les douleurs de l’accouchement : c’est l’explication que donne le généticien de l’accouchement douloureux. Toujours est-il qu’il est nécessaire pour la femelle humaine d’être bien intégrée au groupe, donc d’être protégée par un (des) mâle(s). Il est donc absolument nécessaire qu’une structure sociale et des comportements individuels gardent les mâles humains – les hommes – près des femelles – les femmes – et de leurs enfants.

Biologiquement, une réponse est donnée : l’activité sexuelle permanente. Nous la partageons avec les bonobos. Les femelles étant toujours réceptives, les mâles restent près d’elle parce que les rapports sexuels sont possibles et agréables pour les deux sexes. L’attirance sexuelle, qui se mutera avec la civilisation en amour sexuel, est avant tout un facteur de cohésion sociale.

Les humains sont-il, en tant qu’espèce, monogames ou polygames ? On n’a pas de réponse prouvable, puisqu’on ne connaît pas la sexualité de l’homo sapiens sapiens original, dont les restes ont été trouvés dans l’abri de Cro Magnon, le long de la Vézère. Mais on a de fortes raisons de penser qu’il vivait plutôt en bandes à rapports sexuels multiples, comme son proche cousin le bonobo. De nombreuses civilisations ont été polygames (polygynes ou polyandres) D’ailleurs, s’il était naturellement monogame, il n’aurait pas eu besoin, tout au long de son histoire, d’inventer des lois pour préserver la monogamie lorsqu’elle est institutionnalisée, et de réprimer les entorses à cette règle. Les humains sont bipèdes à station debout ; aucune civilisation n’a développé des interdits pour les gens voulant marcher à quatre pattes.

 

Suite : Sciences sociales.