La question du père

Elle est plus compliquée et pose deux problèmes.

  • D’une part celui de la manière dont le père conçoit son enfant, la transmission biologique. Diverses « théories » ont été inventées par diverses civilisations, mais ce n’est que récemment que l’on a identifié l’action des spermatozoïdes et la transmission moitié-moitié du code génétique. Précisons toutefois que le chromosome Y ne peut être transmis que par le père. (et que la mère transmet le code mitochondrial). Dans certaines cultures, c’est l’acte sexuel qui est censé alimenter le fœtus ; il faut donc avoir beaucoup de rapports pour que le bébé soit beau. Dans d’autres, l’enfant est celui de l’homme qui possède la femme. Ainsi, couplé avec le libertinage des femmes, il n’y a jamais d’hommes stériles. Chez les Ewondo du Cameroun, un homme hésite à prendre une femme d’une vingtaine d’années qui n’a pas d’enfants car elle risque d’être stérile. 

  • L’autre question est de savoir qui va exercer l’autorité sur l’enfant, autrement dit la transmission non pas seulement biologique mais surtout psychologique et sociale. Il existe deux modes principaux de transmission du masculin (l’autorité, et le pouvoir…)

    • Le mode matrilinéaire ou l’homme référent est le frère aîné de la mère, ou son substitut. Il a l’avantage de ne pas poser de problème de légitimité de l’homme référent, donc est plus pacifique. Il autorise une grande liberté sexuelle, puisque toute femme peut avoir des relations sexuelles avec tout homme qui n'appartient pas à sa famille. C’est « faites l’amour, pas la guerre » mais il n’est pas très stimulant pour la conquête. Une société ainsi construite existe encore en Chine, ce sont les Na, auxquels un anthropologue chinois a consacré un ouvrage, en Français. Dans ce cas, l'axe de l'alliance se réduit à sa plus simple expression : le rapport sexuel consenti et potentiellement fécond. L'homme n'est pas engagé à plus. Mais il existe d'autres formes sociales d'alliance.

    • Le mode patrilinéaire : l’homme référent de l’enfant est celui qui l’a conçu (en un sens à préciser). C’est le mode dominant, qui a fini par éliminer pratiquement l’autre. Il semble qu’il soit plus performant, car il stimule la combativité des mâles. Il a inventé l’écriture. Mais il a plusieurs inconvénients.

- Il exige un contrôle de l’activité sexuelle, et surtout celle des femmes.  
- Il favorise l’agressivité des hommes. Il limite fortement l’activité sexuelle

Couple et autre mode de vie familiale

Dans le mode matrilinéaire, la famille est centrée sur le foyer et les femmes (ce qui ne veut pas dire que ce sont elles qui commandent) Il n’y a donc pas de couple. Chez les Na de Chine, l’idée même est ridicule. Il a existé, très rares, des société polyandres, c’est-à-dire où la famille est constituée d’une femme et de plusieurs « maris ».

En mode patrilinéaire, il y a deux grands types familiaux :

  • Le mode polygyne, où l’unité familiale est constituée d’un homme, de plusieurs femmes – ses « épouses » - et de leurs enfants communs. C’est le cas dans les sociétés traditionnelles africaines, qu’elles soient islamisées ou non.

  • Le mode monogame (monogyne et monoandre) autrement dit le couple sexuellement exclusif. C’est le modèle actuel de notre société, qui plonge ses racines en grande partie dans la civilisation chrétienne, mais a existé avant. L’influence féministe récente ajoute un impératif d’égalité des personnes de l’homme (père) et de la femme (mère). La psychologie, en particulier d’inspiration psychanalytique, mais aussi l’éthologie humaine, considèrent au contraire que les rôles parentaux sont nettement séparés. Quand au rôle sexuel, ils ne sont que peu étudiés.

En résumé, la sociologie et l’ethnologie nous apprennent qu’il y a toujours un mode de transmission bien défini, qu’il existe un interdit d’union entre personnes trop proches, et que les rôles des deux sexes sont généralement différents. Il y a donc toujours un système familial. Par contre, la vie en couple n’est pas universelle. Autrement dit, la famille fondée sur le couple n’est pas un invariant culturel