Thérapie de couple
Pour aller bien en couple

 

Tout d’abord une précision sémantique : le terme « thérapie de couple » est impropre, car il laisse supposer que c’est le couple qui est thérapisé, qui est « soigné » parce qu’il va mal. Lorsqu’un médecin applique une thérapie à une personne, son but est que cette personne ne soit plus malade, et en particulier reste vivante. La mort du patient est - sauf dans le cas particulier de l’accompagnement en fin de vie - un échec de la thérapie. Le médecin, comme tous les soignants, travaille pour son patient et uniquement. Or un couple n’est pas une personne mais une structure sociale. Un couple ne fait pas de demande, ce sont ses membres qui la font. Le thérapeute travaille donc pour ceux-ci et non pour le couple. Le but sera que les deux protagonistes sortent positivement de la crise, ce ne peut pas être la survie du couple, ou son adéquation à un modèle donné de couple. Dans certains cas, la disparition du couple peut être la meilleure - ou la moins mauvaise - solution. Ceci est aussi vrai lorsque des enfants sont nés de ce couple, car la survie du couple de leur parent n’est pas forcément ce qui est le mieux pour eux. Le thérapeute travaille pour les personnes qui s’adressent à lui, pas pour le couple. Il n’a pas non plus de fonction sociale, il ne travaille pas pour la société et n’a pas pour fonction de faire régner une certaine morale. Il faut en particulier qu’il sache prendre toute la distance nécessaire pour ne pas conduire ses clients vers un modèle de couple - le sien en particulier.

Une meilleure expression serait « thérapie en couple »  puisque c’est en couple que les demandeurs envisagent le travail thérapeutique. Une psychothérapie ne peut, par définition, que concerner des personnes humaines, pas des groupes de personnes ou des institutions. La psychologie est centrée sur l’individu donc la psychothérapie ne peut avoir d’autre objectif que la santé et le bien-être d’individus.

Après cette précision, nous emploierons toutefois aussi l'expression « thérapie de couple » puisqu'elle est consacrée par l’usage.

Pourquoi une thérapie de couple ?

Pourquoi s’adresser à un tiers, professionnel et rémunéré, pour résoudre un problème de couple, qui fait partie de l’intimité ? Avoir une difficulté de couple, légère ou grave, ne signifie pas que l’on est malade, psychopathe, pervers, ou immoral. Introduire un tiers dans son intimité ne risque-t-il pas d’ajouter des problèmes là où il y en a déjà? Ne va-t-on pas aller fouiller dans l’histoire de chacun, déterrer de vieux souvenirs qui étaient bien tranquilles là où on les avait enterrés. Ne vaut-il pas mieux se débrouiller tous seuls, laver son linge sale entre soi? Après tout, beaucoup de couples traversent des crises et s’en sortent tout seuls. C’est une réalité de la vie de couple : il y a des passages critiques et il suffit d’avoir le courage d’attendre que ça passe. Si l’on a besoin de faire appel à un professionnel, c’est que le couple n’est pas solide et il vaut mieux ne pas continuer. Laissons faire la nature.

Toutes ces questions et objections sont absolument légitimes et d’autres, sans doute, méritent d’être posées. C’est d’ailleurs la première chose à faire avant d’entamer une thérapie de couple - comme une autre thérapie d’ailleurs : pourquoi fais-je cette démarche? Qu’est-ce que j’en attends ? Qu’est-ce qu’elle est susceptible de m’apporter. Ces questions sont formulées au singulier et c’est voulu. N’oublions pas que ce n’est pas un couple qui entreprend la démarche mais deux personnes vivant en couple. Et ces deux personnes ne peuvent pas avoir exactement la même aspiration et la même vision de la question au même moment, sinon elles n’auraient pas besoin de consulter. Il est donc essentiel que chacun se soit posé indépendamment les questions précédentes. Souvent la décision de consulter a été prise à deux, mais il arrive aussi que l’un soit à l’initiative et que l’autre « suive ». Mais celui qui suit le fait volontairement et a donc, également, à se poser la question : pourquoi j’accepte? La réponse à cette question sera une indication du degré de motivation pour entamer une action commune avec son conjoint, dans le but de dépasser la crise du moment. Il y autant de réponses que de personnes, mais on peut tout de même dégager quelques réponses générales à la question « pourquoi faire une thérapie ? » .

La première utilité est dans  la démarche elle-même. Entreprendre, ensemble, une démarche dans le but de passer une crise de couple montre qu’il y a un désir de dépasser cette crise, d’une manière ou d’une autre. Chacun des conjoints sait ainsi que l’autre a conscience de l’existence d’un problème et la volonté d’essayer de le résoudre ensemble. La prise de décision de consulter un tiers professionnel est donc une première démarche commune, une synchronisation.

La deuxième utilité générale est de faire appel à un tiers. Les conjoints en difficulté sont en souffrance et l’échange entre eux est devenu difficile voire impossible. Les tentatives de discussions échouent rapidement car chacun est très vulnérable et peut vite réagir en défense, soit en se refermant comme une huitre, soit en attaquant comme un pitbull. Il s’ensuit des blessures psychologiques - quand elles ne sont pas physiques - qui rendent encore plus difficile la reprise de la communication. La présence du tiers est modératrice - c’est une partie essentielle de son travail. Les conjoints pourront prendre le temps de s’exprimer et surtout de s’écouter, sans se blesser. Ils pourront se dire ce qu’ils ont sur le cœur sans être envahis par leurs émotions.

L’utilité de ce tiers réside d’abord dans sa présence, mais pas uniquement bien entendu. Et cela constitue un troisième intérêt de la « thérapie de couple ». Le professionnel - psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychopraticien, conseiller conjugal, peut importe la profession  - possède une compétence qu’il va mettre au service de ceux qui le consultent. Ainsi, en lui faisant appel, les conjoints ne se contentent pas de s’adresser à un tiers, ils montrent - à eux-mêmes et à leur conjoint - qu’ils croient en une possibilité de sortir du mauvais passage, ils acceptent l’idée qu’ils souffrent d’un problème que d’autres ont aussi connu (aux différences individuelles près) et qu’il existe des méthodes, et des personnes sachant les utiliser, pour les aider. Ils donnent ainsi une importance à leur souci conjugal - ils se déplacent et payent - et le banalisent à la fois, en reconnaissant qu’il ressemble à ce que d’autres ont connu et qu’il existe des moyens d’en sortir.

  Entreprendre une thérapie de couple est une démarche positive, signe du souhait des conjoints d'aller bien en couple, plus que du constat que cela va mal  

Après ces considérations, une question va souvent se poser aux personnes en couple désirant consulter un thérapeute : qui? C’est d’ailleurs souvent la même question pour une thérapie individuelle. La réponse n’est pas simple, car elle est très variable selon les personnes. On peut toutefois donner quelques conseils généraux dans le choix du, de la, ou des thérapeutes :

Les deux conjoints doivent l’avoir accepté. La recherche a pu être faite par un seul, en particulier par le bouche à oreille, mais il est essentiel que les deux l’acceptent au moment d’aller le consulter. Il faut se sentir à l’aise dès le premier contact. Le travail entrepris sera - on le souhaite - fécond, mais risque d’être difficile. Il est donc important d’être complètement en confiance face aux personnes avec qui l’on va travailler sur une dimension très intime de soi. La confiance se fait sur la personne et aussi sur la méthode employée. Il est donc essentiel que thérapeutes et clients soient en accord sur ce point. Les thérapeutes doivent être aussi clairs que possible sur la manière dont ils procèdent, ainsi que sur ce qui les rend légitimes à exercer (formations, diplômes, reconnaissance par d’autres, etc…). Il est bon, d'ailleurs, que celui-ci ait un site internet (nous sommes au XXIème siècle) où il explique tout cela. C'est ce que je fais, cela va de soi. Le rapport humain entre clients et thérapeutes doit être un rapport d’égalité, non de hiérarchie, et de confiance réciproque.