Bref panorama des thérapies de couple

Il existe beaucoup d’approches de la thérapie de couple, comme il existe beaucoup de méthodes de psychothérapie en général et beaucoup d’approches de la psychologie. Cette diversité est nécessaire car la complexité de la condition humaine ne pourrait être décrite par une seule théorie, et la problématique multiple des situations conjugales résolue par une seule pratique. Bien que la thérapie de couple ne soit pas la même chose que la thérapie familiale, on pourra trouver un panorama des diverses approches de la thérapie de couple dans un livre collectif dirigé par Mony Elkaïm intitulé « Panorama des thérapies familiales ». Les descriptifs qui suivent en sont largement inspirés.

Thérapie psychanalytique de couple

La psychanalyse, théorie majeure de la psychologie et de la psychothérapie au XXème siècle, n’a engendré que tardivement une méthode centrée sur le couple. La thérapie psychanalytique de couple nait vers les années 1970. Celle-ci utilise essentiellement la parole et l’échange libre. Les membres du couple sont invités à se parler librement de ce qu’ils ressentent. Ils renoncent à avoir de la part du thérapeute des conseils ou des directions de pensée. En ce sens la thérapie psychanalytique de couple n’est pas pragmatique. Elle vise plus à la meilleure connaissance de soi et de l’autre qu’à un résultat tangible. On trouvera plus de détails à l’adresse du  Collège de psychanalyse groupale et familiale. Une importante littérature lui est consacrée.

La thérapie comportementale de couple

Comme son nom l’indique, la thérapie comportementale s’intéresse aux comportements, et s’attache à modifier ceux qui sont inadéquats. La thérapie comportementale de couple va consister en un repérage des comportements nuisibles ou destructeurs pour les membres du couple, puis à apprendre des comportements plus constructifs. On ne s’intéressera que de façon secondaire à l’histoire des conjoints et à leur psychologie profonde. Il ne n’agit pas tant de comprendre que de modifier. Ces thérapies sont résolument tournées vers les résultats, et non vers les causes des problèmes. Cela exige une méthodologie stricte. Les conjoints sont invités à faire des exercices en dehors des séances, selon un protocole décidé par le thérapeute et qu’il faut suivre scrupuleusement. C’est d’ailleurs un des reproches faits à ces méthodes : elles sont trop standardisées ; elles traitent un problème plus que des personnes. D’ailleurs les thérapeutes comportementalistes de couple parlent de « traitement » pour désigner leur méthode d’action. Le nombre important de séances, la fréquence, les protocoles rigides sont nécessaires mais imposent aux couples des contraintes importantes qui peuvent être prohibitives pour des personnes peu disponibles. En outre cette démarche protocolaire est quelque peu normalisatrice, laissant penser que le couple est un objet bien défini dont le bon fonctionnement est connu.

Les méthodes systémiques et stratégiques

Les thérapies systémiques de la famille et du couple reposent sur la psychologie systémique. Elles se centrent sur le « système » couple (ou famille) et non sur les individus qui le composent. Cette position vient du constat, fait par l’école de Palo Alto (Californie), et notamment le psychiatre Don Jackson, que le fonctionnement d’un couple peut être délétère et rendre malheureux ses membres, alors qu’aucun des deux n’a de problème psychologique particulier. Ce n’est donc pas la psychologie, ou la psychopathologie d’un des membres ou des deux qui est en cause, mais le système lui-même. On a une confirmation de ce constat en regardant les remariages, ou re-couplages : deux personnes sont malheureuses en couple au point de se séparer. Après la cicatrisation de la séparation, chacun trouve un nouveau compagnon et vit une vie conjugale heureuse avec lui. Les deux premiers conjoints avaient donc les capacités psychologiques de vivre heureux en couple, mais pas ensemble ; leur couple ne leur était pas profitable, ou bien ils n’ont pas su ou pu en tirer profit.

C’est donc sur le couple et en particulier sur la communication entre ses deux membres que vont travailler les thérapeutes de cette école, qui a donné lieu à de très nombreuses variations. Afin de pouvoir bien observer ce qui se passe entre deux conjoints, ou dans une famille, les thérapeutes systémiques ont développé la méthode de la glace sans tain. Le couple est reçu dans une pièce, en général par un couple de thérapeutes et, sur un mur de cette pièce, il y a un miroir sans tain, derrière lequel se trouvent d’autres thérapeutes. Ceux-ci vont pouvoir observer les attitudes des protagonistes et analyser la communication non verbale. Ils pourront éventuellement intervenir en séance ou se contenter d’informer les thérapeutes et les clients à la fin de la séance afin de les aider à changer des interactions. Ce protocole très efficace a toutefois l’inconvénient de sa lourdeur et de son coût, ce qui la rend quasiment impossible dans un cabinet privé, où ce sont les clients qui paient intégralement les honoraires de tous les intervenants.

La thérapie systémique utilise tous les apports de la psychologie systémique, dont on trouve une description dans un autre chapitre :

  • Repérer les dysfonctionnements de la communication entre les conjoints et les aider à retrouver une communication saine.
  • Débusquer les cercles vicieux où l’attitude de l’un entraine celle de l’autre et réciproquement, chacun étant convaincu que son comportement n’est qu’une réaction à celui de l’autre.
  • Sortir des pièges de la « double contrainte » où l’attente de l’un des conjoints envers l’autre contient une demande paradoxale impossible à réaliser. C'est le cas de la fameuse injonction paradoxale "sois spontané" qui ne peut être réalisée puisqu'on ne peut être spontané sur commande.
  • Mettre en lumière les tentatives de solutions qui n’ont pas abouti et que l’on continue à rechercher sans fin, afin d'opérer un changement.

La thérapie sera dirigée vers le changement, la recherche d’autres manières de fonctionner, la sortie des pièges comme les cercles vicieux ou la double contrainte, la recherche d’une communication saine et efficace.

Ainsi s’est développé la thérapie brève centrée sur les solutions. Elle est brève parce qu’elle cherche à sortir les conjoints de la difficulté dans laquelle ils se trouvent et non de les conduire à un long chemin de compréhension de leur psychisme personnel. Elle est centrée sur les solutions parce qu’elle ne vise pas à trouver les causes du problème qui fait souffrir les conjoints mais  à initialiser un changement qui aboutira à un fonctionnement satisfaisant.